L'AMAZIGH AU BACCALAURÉAT

 

(D'après La langue berbère en France, rapport de Salem Chaker et Tiddukla magazine n° 21)

Les berbérophones constituent l'une des plus importantes communautés d'origine étrangère en France. Ils représenteraient autour du tiers des immigrations marocaine et algérienne (Michèle Tribalat, Faire France, une enquête sur les immigrés et leurs enfants, éd. La Découverte, 110 F). Et pourtant, il existe très peu de structures dispensant des cours d'amazighe. Cette situation est très atypique. Par exemple, la communauté turque bénéficie de 200 à 300 instituteurs qui travaillent au sein des Elco (Enseignements en langue et culture d'origine) mais aussi des nombreuses amicales turques. Non seulement l'amazighe ne jouit d'aucune aide publique ou même de soutien privé d'importance, mais de plus, les lieux, associatifs ou universitaires, offrant des cours de langue, sont numériquement insuffisants pour répondre aux demandes. Un tel enseignement paraît bien nécessaire, comme le montre le nombre de candidats se présentant chaque année à l'épreuve facultative d'amazighe au baccalauréat.

Depuis les années 1950, l'amazighe figurait dans la liste des nombreuses langues qu'il était possible de présenter en tant qu'épreuve facultative orale au baccalauréat. Le nombre de candidats subissant cette épreuve n'a cessé de croître pour dépasser plus de 1200 en 1994, année de la dernière session orale. En raisons des difficultés d'organisation des épreuves orales pour des langues à gros effectifs mais aussi par souci d'équité - les épreuves orales ne pouvant pas être organisées dans toutes les académies - et d'harmonisation, l'Éducation nationale a opéré une rupture radicale : depuis la session 1995, les épreuves facultatives de langues sont passées à l'écrit. Et l'Éducation nationale a confié à l'Inalco (Institut national des langues et civilisations orientales), par convention, la responsabilité de l'élaboration des sujets et de la correction des copies pour toutes les langues non européennes.

La Section de berbère de l'Inalco a donc été amenée à prendre en charge l'épreuve de l'amazighe. Il a été décidé, pour l'instant, de ne proposer aux candidats que deux sujets, l'un en kabyle, l'autre en tachelhit, mais il n'est pas exclu qu'à l'avenir le choix soit élargi (rifain, chaoui, touareg, etc.)

La première expérience de 1995 a été une véritable surprise puisque, contrairement à toutes les prévisions qui tablaient sur un effondrement des effectifs, ce sont 1534 candidats qui ont subi l'épreuve, dans toutes les académies de France métropolitaine (avec une écrasante majorité pour la région parisienne, puis, par ordre d'importance, Aix-Marseille et Lille). Sur ce nombre, 23% ont composé en tachelhit, le reste, 77%, en kabyle. En 1996 et 1997, les chiffres ont connu un léger tassement (± 1300 candidats), correspondant au recul général du nombre de candidats au Bac. Mais la répartition dialectale (3/4 kabyle, 1/4 chleuh) et géographique (Paris, Aix-Marseille, Lille) reste inchangée.

Les élèves ne bénéficient dans les lycées d'aucune préparation systématique à l'épreuve ; ce sont, hors des établissements, les associations culturelles amazighes (surtout à Paris) et, dans quelques rares lycées, des enseignants volontaires bénévoles, en marge des horaires officiels, qui assurent un embryon de préparation. Elle ne touche évidemment qu'une proportion très minoritaire des candidats (sans doute moins de 10 %).

Une réunion ayant pour objet d'examiner les problèmes de l'épreuve facultative écrite du berbère au baccalauréat a été organisée le 4 juillet 1998 à l'Inalco. Une vingtaine d'associations, dont AZAmazigh, étaient présentes. Plusieurs axes de travail ont été retenus : actions pédagogiques et d'information, actions en directions des chefs d'établissements et actions institutionnelles globales (ministère de l'Éducation nationale, députés, etc.) Comme première contribution à cet effort, AZAmazigh a décidé d'instaurer un cours spécifique en direction des élèves de terminale. Ce sera une première puisque aucune association n'offre une préparation aux élèves chleuhs. Si vous êtes intéressé par ce cours, n'hésitez pas à contacter l'association.