TARABBUT N UMSKAN AMAZIGH
COMITÉ DU MANIFESTE AMAZIGH

Conférence de presse du 28 juin 2001

DÉCLARATION INTRODUCTIVE

Mesdames et messieurs, AZUL FELLAWN 

Au nom du Comité du manifeste amazigh, qui représente maintenant de très nombreux signataires du Manifeste amazigh, je vous souhaite la bienvenue et vous remercie vivement d’avoir répondu favorablement à notre invitation à la présente conférence de presse dont l’assemblée extraordinaire des signataires réunie le 22 juin à Rabat à la suite de l’interdiction de l’assemblée ordinaire prévue pour le même jour a arrêté le principe en vue d’informer l’opinion publique nationale et internationale de ce que nous subissons, nous Imazighen, dans ce pays, le Maroc, qui est le nôtre et pour lequel nous n’avons point de rechange.

D’abord les faits

La première assemblée des signataires du Manifeste amazigh tenue à Bouznika les 13 et 14 mai 2000 avait débouché après deux jours de débat démocratique sur la constitution du Comité du manifeste amazigh chargé d’assurer le suivi, de faire connaître et de diffuser le Manifeste Amazigh, de recueillir les signatures et de préparer la deuxième assemblée des signataires en l’espace d’un an.

Le Comité du manifeste amazigh a ainsi, en collaboration avec les nombreuses associations culturelles amazighes auxquelles nous rendons ici un vibrant hommage, organisé des rencontres à travers le territoire national et tout au long de l'année écoulée. Il a ainsi recueilli des milliers de signatures et a organisé la marche du premier mai 2001, suite à celle du premier mai précédent.

A chaque fois, les autorités locales n’ont pas manqué d’essayer d’entraver, voire d’empêcher les rencontres prévues. Et, dans plusieurs cas, notamment à Fès le 14 avril et à Agadir le 10 juin, il y a eu effectivement interdiction en violation flagrante de la loi.

Concernant la deuxième assemblée de Bouznika, le Comité du manifeste amazigh avait dès le mois de mars arrêté la date du 22, 23 et 24 juin 2001. Le Complexe de Bouznika qui devait l’abriter a été saisi depuis lors. Il y a eu accord de sa direction, accord écrit du ministère de tutelle et réservation. La déclaration prévue par la loi a été faite auprès des autorités locales et dans les délais légaux. Le 21 juin, la directrice du Complexe nous informe par téléphone de l’interdiction et le 22 juin, au matin, un déploiement impressionnant de tous les corps armés bloque l’accès au Complexe. Toute la population de Bouznika et tous les citoyens se trouvant dans les parages ont été secoués, voire terrorisés par ce comportement relevant d’une époque que l’on croyait à tort révolue.

Les différents groupes de militants qui ont pu se constituer loin du Complexe et qui ont été séparés et par l’autoroute et par les forces armées de l’État se mirent alors d’accord pour se réunir en assemblée extraordinaire chez l’un des signataires du Manifeste.

Evidemment, tous les signataires ne pouvaient pas être informés de la décision. Il y eut néanmoins, grâce au téléphone portable près de trois cents signataires réunis à l’endroit indiqué. L’assemblée extraordinaire tenue alors à Rabat, le 22 juin prévu pour l’ouverture de la rencontre de Bouznika procéda, après plus de six heures de discussions, à l’élection de trois commissions régionales de quinze membres chacune pour appuyer, à l’échelle régionale, le Comité de manifeste amazigh, devenu désormais national. Un communiqué de presse a également été rédigé pour condamner l’interdiction qui nous a frappé. Le principe d’une conférence de presse a été arrêté.

Notre lecture des faits

1- Nous considérons que nous avons été interdits parce que notre mouvement lancé par le Manifeste amazigh est devenu gênant aussi bien pour le pouvoir makhzenien que pour les partis traditionnels.

Nous sommes devenus gênants parce que nous sommes devenus un mouvement fort qui traduit les réelles aspirations du peuple marocain à la dignité, la démocratie, les droits humains, le progrès social, l’égalité absolue des sexes, des cultures, des langues et des confessions. Nous sommes une force progressiste, moderniste, universaliste et laïque.

Nous sommes devenus gênants parce que les partis traditionnels se sont lamentablement décomposés et que les détenteurs réels du pouvoir ne sont pas prêts à abandonner leurs privilèges qu’une application réelle de la démocratie ne saurait tolérer.

Nous sommes devenus gênants parce que nous combattons l’idéologie arabo-islamiste partagée par le pouvoir et les partis traditionnels. Cette idéologie leur permet d’exploiter le peuple puisqu’elle justifie les privilèges et les inégalités, la pauvreté et la misère qui en découlent pour les masses populaires.

Nous combattons cette idéologie parce qu’elle est réactionnaire, qu’elle bloque le développement économique de notre pays et rend impossible le progrès de notre peuple. Elle fait du reste du monde des ennemis alors que nous, Imazighen, faisons partie intégrante du monde civilisé dont nous partageons les nobles valeurs.

2- L’interdiction de la rencontre de Bouznika est une interdiction politique qui n’a point un caractère conjoncturel. Nous considérons qu’elle entre plutôt dans le cadre d’une ligne de conduite permanente faite de déni des droits humains et des libertés publiques. Rien en effet ne justifie sur le plan conjoncturel une telle interdiction, au contraire. C’est en respectant les libertés publiques et tout simplement la loi que le Maroc pourra aspirer à instaurer la confiance et à attirer l’investissement local ou étranger et qu’il pourra ainsi relancer la croissance économique nécessaire à l’amélioration des conditions sociales et économiques désastreuses pour de larges couches de la population.

3- nous condamnons vigoureusement cette politique de répression et d’exclusion dont nous faisons l’objet et nous affirmons publiquement notre ferme détermination à poursuivre notre combat légitime pour la reconnaissance officielle de l’amazighité du Maroc. Nous déclarons que nous ne sommes en aucun cas responsables des conséquences de la déception ressentie par notre peuple et que cette politique nourrit et nous affirmons que l’amazighité assumera pleinement les sacrifices, quels qu’ils soient, de son engagement pour la construction d’un pays, le Maroc, pour tous et sans exclusion aucune.

Pour finir, nous ne pouvons pas nous empêcher d’avoir une pensée pour le peuple amazigh d’Algérie qui lutte contre un pouvoir dictatorial, mafiosi et sanguinaire. Vive le combat de nos frères d’Algérie !

Vive le mouvement amazigh fort et uni !

Fait à Rabat, le 28 juin 2001