«Pas de suivi sérieux»Propos recueillis par Mohamed AKISRA, Le Matin, 26.09.2007 Lire aussi : GĂ©nĂ©ralisation poussive de la langue amazighe |
Interview : Meryam Demnati, chercheuse à l'IrcamLa formation initiale est une condition sine qua non pour garantir un enseignement de qualitéLe Matin : Où en est l'enseignement de la langue amazighe à la rentrée 2007 ? Meryam Demnati : Le bilan est loin d'être satisfaisant. Malgré toute leur bonne volonté, les rares académies (6 /16) qui se sont attelées à la tâche pour faire aboutir ce projet, notamment les académies de Marrakech, d'Agadir, de Settat, de Dakhla, d'El Hoceïma et dernièrement de Meknès, ont rencontré beaucoup de problèmes quant à la gestion de ce dossier, vu l'anarchie qui règne dans les services centraux du ministère de l'Education nationale. Depuis le début, aucun suivi sérieux n'existe pour accompagner l'intégration de l'amazighe dans le système éducatif. Le traitement de ce dossier ira de la négligence ou légèreté au mépris total. Certaines académies ont carrément fait un pied de nez à la convention signée entre l'IRCAM et le Ministère de l'Education nationale et aux notes ministérielles élaborées dans ce sens. Elles ont tout fait et continuent à tout faire pour retarder ou faire échouer le processus d'intégration. Aucune formation des enseignants de l'amazighe n'est structurée, la généralisation horizontale ou verticale est stoppée, la note ministérielle 130, dont les directives sont claires et précises, est rangée dans les tiroirs. C'est une véritable anarchie, jusqu'au chaos total dans certaines régions. Des directeurs d'académie ignorent délibérément les directives ministérielles et ne consacrent aucun budget à ce dossier, des délégués décident de leur propre chef d'annuler toute formation et d'autres bloquent toute intégration de l'amazighe dans leur secteur. Pourtant, les responsables du ministère n'ont pas cessé de répéter, depuis le départ, qu'ils n'avaient pas droit à l'échec et que toutes les facilités administratives seraient mises en place pour la réussite de ce projet national. Qu'en est-il de la formation des enseignants ? Dans les académies, où des formations régulières ont été organisées (3 sessions par an stipulées dans la circulaire 130), les enseignants peinent malgré tout dans leur tâche. 15 jours de formation au total ne peuvent résoudre le problème, d'autant plus que beaucoup d'entre eux maîtrisent peu la langue ou sont carrément (hé oui !) arabophones. Seule la formation initiale peut garantir un enseignement de qualité de l'amazighe. Le passage par l'université et les centres de formation (CFI, CPR, ENS) est une condition sine qua non pour intégrer l'amazighe dans le système éducatif au même titre que les autres langues enseignées (arabe et français). La solution d'appoint (formation de quelques jours pour des enseignants déjà en fonction) ne peut perdurer, et ne peut constituer une règle spéciale pour l'amazighe. Une formation des formateurs a été donnée à cet effet par les chercheurs de l'IRCAM pour que tamazight puisse intégrer ces centres. Tant que tamazight n'est toujours pas admise dans les universités et que des départements amazighs n'y sont pas créés au même titre que les autres langues, le bricolage continuera. Avec un DEUG ou une licence en amazighe, les étudiants pourront par la suite rejoindre les CFI, les CPR et les ENS pour une formation pédagogique d'une année. Nous pourrons à ce moment-là parler d'une véritable formation. Quelles solutions préconisez-vous ? Tout d'abord un traitement plus sérieux de l'amazighité dans tous les domaines est plus que nécessaire. Il est du devoir des futurs responsables et décideurs du prochain gouvernement de mettre en place une structure centrale efficace et authentique, qui devra veiller à l'intégration progressive et définitive de l'amazighe dans l'enseignement marocain. Avec comme conditions incontournables : la formation d'enseignants spécialisés, inspecteurs bénéficiant d'une véritable formation, l'ouverture de départements de langue et culture amazighes dans chaque région, la mise en place de modules dans les CFI, CPR et ENS, l'obligation pour toutes les 16 académies de respecter les notes ministérielles et autres textes ad hoc relatifs à l'amazighe pour une véritable généralisation horizontale et verticale de cette langue nationale. L'avenir du Maroc ne pourra se faire que dans le cadre de la mise en œuvre d'un projet de société démocratique et moderniste, fondée sur la consolidation de la valorisation de la personnalité marocaine et de ses symboles linguistiques, culturels et civilisationnels. La promotion de l'amazighe est une responsabilité nationale, car aucune culture nationale ne peut renier ses racines historiques. Obligatoire, progressivementL'enseignement de la langue amazighe a pour origine le discours Royal du mois de juillet 2001 et le dahir portant la création de l'Institut Royal de la culture amazighe qui annonce l'intégration cette langue dans l'enseignement, les médias et autres domaines. En septembre 2003, le système éducatif marocain connaît, pour la première fois, l'intégration de l'amazighe dans quelques écoles primaires, suite à la convention liant l'IRCAM) au ministère de l'Education national. Ladite convention fixe les principes généraux sur lesquels se fond cet enseignement. Ces principes sont notamment l'obligation de l'enseignement dans toutes les écoles du Royaume, sa généralisation à tous les cycles d'apprentissage, du préscolaire jusqu'au baccalauréat (à raison de trois heures par semaine) ainsi que sa standardisation sur le plan graphique, orthographique, lexical et morphosyntaxique d'une manière progressive. Cette langue doit également intégrer les universités et les centres de formation (CFI, CPR, ENS) pour permettre aux enseignants du primaire, du collège et du secondaire de bénéficier d'une véritable formation. Une distribution des rôles s'est faite dans le cadre de responsabilités relatives à chacune des institutions. Celui de l'IRCAM est la mise en place des plans de formation des enseignants, des inspecteurs, des formateurs et des modules à l'université. Il s'agit également de l'élaboration d'outils didactiques (manuels scolaires et autres supports) et la formation sur le terrain. Le rôle du MEN est d'élaborer la carte scolaire et le calendrier pour l'intégration progressive de l'amazighe dans l'enseignement, de programmer les formations stipulées dans la circulaire 130 et de veiller à la distribution des manuels scolaires amazighs sur tout le territoire national. |