Communiqué
17 décembre 2003

Les Berbères de France se félicitent de la décision de Jacques CHIRAC de suivre certaines recommandations du rapport STASI sur la Laïcité. La religion est une affaire de conscience et de spiritualité individuelle qui n’a pas à être étalée, revendiquée, dans l’enceinte scolaire, espace de formation du futur citoyen.

Parce que nous savons qu’une telle loi protégera l’avenir professionnel de ces filles au sein de leurs familles parfois très conservatrices, nous nous en félicitons.

Parce que nous sommes sûrs que la France s’engage ainsi sur la bonne voie : amener l’Islam au débat et à la modernité. C’est à cette condition que cette religion aura toute sa place dans la République. Dans une démocratie, la République s’impose à tous, pas la religion.

Parce que nous savons qu’une telle loi protégera les filles contre la pression des groupes politico-religieux. Des groupes qui avancent dans nos cités, dissimulés derrière «le voile» de la démocratie. Cette pression se manifeste, pour elles, dans la rue, dans les supermarchés,… Des jeunes filles viennent dans nos associations nous rappeler qu’elles sont insultées, violentées, traitées d’impudiques parce qu’elles ne portent pas cette tenue recommandée, leur dit-on, par l’islam. L’école, espace laïc par excellence, est ainsi devenue, après des années de cécité, un lieu où le prosélytisme islamique prolifère. Et des enfants d’expliquer à leurs parents «que leur pratique de l’islam n’est pas la bonne» parce que trop vieillotte, trop tolérante. Notre fédération, forte de 22 associations adhérentes, a toujours regretté le manque de vigilance et de réaction ferme de l’État en général et de l’administration scolaire en particulier face au fléau rampant de l’intégrisme islamique. À titre d’exemple, dans les cantines, et selon les propos de mamans adhérentes de nos associations, on tolère de plus en plus le regroupement des élèves en fonction de leur «religion supposée». Parfois, de très jeunes élèves incapables de réagir se voient attribuer un menu «musulman», c’est à dire sans porc, sans même en avoir fait la demande expresse et parfois à contre sens des recommandations des parents. Est-ce à l’enfant de demander devant ses camarades un menu «normal»? Cette «discrimination» ne se fonde que sur le nom patronymique ou pire sur le faciès de nos enfants. Il en va de même à propos des statistiques sur le nombre de musulmans en France. Selon tous les organismes de sondages, de recensement que nous avons pu contacter, ces chiffres ne peuvent être que des approximations effectuées d’après les pays d’origine. Et l’on englobe alors derrière ces chiffres les pratiquants, les non pratiquants, les athées, les juifs, les chrétiens, ...

Ces groupes politico-religieux, nous donnent tous les jours de nouveaux porte-parole pour propager une idéologie qui nulle part n’a fait le bonheur de l’Islam lui-même et a fortiori du citoyen. Le dernier en date est Tariq Ramadan, prédicateur messianique le matin et intellectuel cathodique le soir. Lui et ces groupes de pression vendent la reconnaissance communautaire des musulmans comme une ouverture citoyenne. Il a l’art, depuis la Suisse, de donner des cours de citoyenneté française. Tariq Ramadan est homologué y compris par le Forum social européen, un label de qualité démocratique. Il ne dénonce jamais les entraves diverses à l’émancipation des «citoyennes». Le plus important d’entre les pionniers de l’islamisme politique que Tariq Ramadan décrit dans ses conférences et ses écrits comme les acteurs du réformisme musulman est l’Égyptien Hassan El Banna. Il est le fondateur des frères musulmans, groupe théologique fondamentaliste qui s’est donné pour objectif de politiser l’islam au-delà de l’aspect piétiste et utiliser la religion musulmane comme une identité légitimant la lutte politique. Cette association des frères musulmans avait une branche militaire, l’Organisme secret, pratiquant le terrorisme. Voilà qui est Tariq Ramadan, dernier des porte-parole de ces groupes imposant le voile aux filles de nos banlieues. Finalement, à la télévision, ce sont l’extrême-droite française et l’intégrisme islamique qui ont donné la contradiction au ministre de l’Intérieur.

Nous oeuvrons chaque jour à faire avancer les consciences, mais nous restons complètement effarés par les contre-vérités et les approximations qui se dégagent de certains débats, de certains discours médiatisés et donc médiatiques. Nous ne sommes, ainsi, comptabilisés qu’à travers une supposée appartenance religieuse. Notre identité ne saurait se résumer à un simple assujettissement religieux bien au contraire. Nous prenons part aux actions politiques, syndicales, culturelles de notre pays. Nous préférons centrer nos actions pour l’éducation populaire et contre les discriminations. Dans les faits, la religion ne prend pas plus de place, quand elle en prend, que toutes les autres facettes de notre héritage culturel. Par tradition, la société française voit le recul du sacré vers les sphères privées, les radicaux islamistes quant à eux militent pour toujours plus de sacré, plus de communautarisme.

Le 21 avril 2002 nous a convaincu qu’il importait de donner désormais une autre image des populations issues de l’immigration. Parce que notre pays est la France, ses intérêts sont les nôtres et nos intérêts sont les siens.

Areski SADI
Président de la FACAF (Fédération des associations de culture berbère de France)