Les âarchs prêts à dialoguer sous conditions avec les autorités

ALGER, 26 juil (AFP) - Les âarchs (tribus kabyles) sont prêts à discuter avec les autorités pour régler la crise en Kabylie (est d'Alger) qui dure depuis deux ans, mais posent des conditions après des réunions vendredi de leurs coordinations locales.

Ces coordinations ont examiné une nouvelle fois l'offre de dialogue, fin mai, par le chef du gouvernement Ahmed Ouyahia et relancée le 20 juillet par le président Abdelaziz Bouteflika en visite à Sétif (300 km à l'est d'Alger).

"Nous considérons l'appel de M. Bouteflika comme un acquis qu'il faudra capitaliser", a affirmé samedi à l'AFP la figure emblématique de la coordination de Tizi Ouzou (Grande Kabylie, 110 km à l'est d'Alger), Bélaïd Abrika.

M. Bouteflika avait invité les âarchs, fer de lance de la contestation en Kabylie, en révolte larvée contre le pouvoir depuis les émeutes sanglantes du printemps 2001, à engager enfin le dialogue avec M. Ouyahia pour la mise en oeuvre de la plate-forme d'El-Kseur "dans tout ce qui ne porte pas atteinte à l'unité du peuple algérien et à l'intégrité de l'Algérie".

Les aârchs avaient rejeté fin juin l'offre de M. Ouyahia.

Cette plate-forme, adoptée le 11 juin 2001 à El-Kseur (240 km à l'Est d'Alger) dans l'effervescence des émeutes qui ont fait plus d'une centaine de morts, contient les principales revendications du mouvement contestataire qui souhaite la reconnaissance de son identité culturelle et un plan de relance et de réformes économiques pour la région.

Elle stipule en particulier "la mise sous l'autorité des instances démocratiquement élues de toutes les fonctions exécutives de l'Etat ainsi que les corps de sécurité".

Cette disposition constitue le principal point d'achoppement entre les âarchs et les autorités qui y voient une atteinte à la souveraineté de l'Etat.

Les âarchs avaient posé des conditions pour un dialogue avec le gouvernement notamment un "engagement public et officiel" du président Bouteflika pour la satisfaction de la plate-forme d'El Kseur.

La coordination de Tizi Ouzou, la plus influente du mouvement et qui n'a pas rejeté toute idée de dialogue, a émis des réserves sur la teneur de l'invitation du chef du l'Etat.

"Nous allons réfléchir davantage sur la portée de l'appel de M. Bouteflika où il y a des ambiguïtés. Pour nous, la plate-forme ne constitue nullement une atteinte à l'unité nationale", a précisé Bélaïd Abrika.

Autre coordination influente, celle de Béjaïa, en Petite Kabylie (260 km à l'est d'Alger) qui a également manifesté des réticences sur cet appel, n'exclut pas un éventuel dialogue.

"Cette invitation aurait constitué le premier jalon vers la solution de la crise, si elle n'était pas assortie d'un préalable", a indiqué cette coordination, en allusion aux propos de M. Bouteflika qui a laissé entendre l'existence dans la plate-forme d'une menace pour l'unité du pays.

Cette coordination a, toutefois, affiché sa disponibilité pour un dialogue "réel et responsable" pour peu qu'un engagement "sans équivoque" des autorités vienne dissiper le doute qui s'y est installé.

La coordination de Bouira (120 km au sud-est d'Alger), troisième par son importance, a aussi estimé que l'appel du président était "un acquis" et s'est déclaré favorable à une rencontre avec M. Ouyahia à condition que les autorités lèvent "les ambiguïtés".

Ces trois coordinations devraient se réunir prochainement pour adopter une position commune, selon Bélaïd Abrika.