Il y a quelques mois, procédant à ce qui apparaissait comme un geste de reconnaissance de l'identité amazighe, le roi du Maroc adoptait, sur proposition de l'Institut Royal de la Culture Amazighe (IRCAM), l'écriture Tifinagh comme système officiel de transcription de la langue amazighe. Même si ce choix a été diversement apprécié, Tifinagh demeure le symbole par excellence de l'amazighité, unanimement reconnu et revendiqué tant au Maroc que dans le reste du monde amazigh.
A la faveur de cette forme de légalisation de la langue amazighe, la municipalité de Nador (région du Rif, nord du Maroc) a décidé à la fin du mois d'avril dernier de modifier progressivement les panneaux de signalisation routiers pour y inclure les indications en langue amazighe. La découverte des premiers panneaux écrits en Tifinagh dans les rues de Nador n'a pas manqué de soulever la joie et l'enthousiasme de la population de cette ville. Malheureusement, cette joie ne sera que de courte durée puisque dans la nuit du 29 au 30 avril, tous les nouveaux panneaux écrits en caractères amazighs ont été arrachés par les fonctionnaires du ministère de l'intérieur. Cela n'a pas manqué de provoquer la colère légitime de la population.
Aux côtés des populations et du mouvement amazighs du Maroc, le CMA s'élève très vivement contre cette nouvelle agression portée par le système makhzénien marocain contre les amazighs et leur langue. L'arrachage sauvage des panneaux écrits en caractères Tifinagh dans les rues de Nador constitue une provocation supplémentaire des tenants de l'arabo-islamo-baathisme qui n'ont visiblement pas renoncé à leur dessein d'éradiquer le fait amazigh au Maroc. Les citoyens amazighs qui n'ont que trop enduré leur marginalisation politique, économique, sociale et culturelle ne supporteront pas longtemps ce racisme primaire sur leur propre terre.
Devant ces faits graves qui impliquent directement le pouvoir marocain au plus haut niveau, le CMA réclame une intervention urgente du roi pour non seulement réhabiliter la décision de la municipalité de Nador mais également étendre cette initiative à tout le territoire marocain et prendre des sanctions exemplaires à l'encontre des zélés responsables de la provocation de Nador. C'est à cela que sera appréciée la volonté politique suprême de mettre réellement un terme à la ségrégation séculaire dont fait l'objet le citoyen amazigh au Maroc.
Par ailleurs, le CMA tient à dénoncer énergiquement une nouvelle fois les intimidations et les actes de persécution dont font l'objet les associations culturelles amazighes et leurs militants (interdiction des activités culturelles, enlèvement par la police des affiches associatives dans les lieux publics, surveillance et harcèlement policier et administratif, etc).
L'opinion publique amazighe ne peut plus se contenter d'une succession de discours qui se veulent conciliants, aussitôt contredits et de manière violente par les faits. Elle exige désormais des mesures tangibles visant à restaurer effectivement et durablement tamazight (histoire, langue et culture) dans ses droits les plus légitimes. Ce sont là des conditions essentielles de la construction de la cohésion nationale et de la stabilité du pays.
Paris, le 5 mai 2003
Le Bureau Mondial du CMA