Situation en Kabylie (Algérie)

La Kabylie est une région d’Algérie, située à 50 km à l’Est d’Alger, peuplée de 6 à 7 millions de Berbères. Depuis l’indépendance du pays en 1962, cette région a toujours été en situation de conflit latent, puis ouvert, avec le pouvoir central principalement parce que le gouvernement algérien qui se réclame de l’arabo-islamisme, refuse de reconnaître l’identité berbère.

Ce différend fondamental a conduit l’État algérien à pratiquer ouvertement une politique de discrimination et de marginalisation économique, sociale et culturelle à l’égard de cette région.

Le 18 avril 2001, à deux jours de la célébration du " printemps berbère ", un gendarme arrête un lycéen à Ait-Douala. Au cours de son interrogatoire, le jeune homme est tué de plusieurs balles d’arme automatique. Alors que les parents réclamaient la lumière sur les circonstances de la mort de leur enfant, le ministre de l’intérieur M. Zerhouni, toujours en poste, déclare à la presse au sujet du jeune lycéen : " ce n’était qu’un voyou ! ". Cette déclaration aussi mensongère que provocante a immédiatement soulevé la colère de la population de la localité.

Deux jours plus tard, une autre provocation s’est produite à 150 km de là, dans la localité d’Amizour, où deux collégiens sont enlevés par les gendarmes devant leur instituteur, et passés à tabac dans les locaux de la gendarmerie. La colère de la population n’a pas tardé à se manifester et à se répandre dans toutes les villes et villages de la région.

Les manifestations populaires massives contre les violences policières et les abus de pouvoir ont été très sévèrement réprimées par les forces de gendarmerie et de police : C’est le printemps noir de Kabylie qui laissera une centaine de morts parmi les populations civiles et quelque 3000 blessés dont un millier aujourd’hui de handicapés.

La commission nationale d’enquête, présidée par le Pr Issad et nommée par le chef de l’Etat, a rendu son rapport dès juillet 2001 dans lequel elle met clairement en cause la responsabilité des gendarmes et de leur hiérarchie qui ont attisé et entretenu la violence et utilisé deux mois durant " des armes de guerre contre des populations civiles ".

En juin 2001, les représentants de villages, quartiers et communes de la région créent le mouvement citoyen de Kabylie, organisation démocratique et pacifique, ayant pour mission d’encadrer les actions de protestation de la population et d’être aux cotés des victimes de la répression. Ce mouvement s’est donné d’emblée une plate-forme de revendications relatives aux réparations, et à la reconnaissance des droits politiques, socio-économiques et identitaires.

A ce jour, le gouvernement n’a donné aucun écho favorable à ces revendications.

Au contraire, à chaque fois que les parents des victimes et la population réclament justice, la seule réponse donnée par le gouvernement, c’est encore plus de répression meurtrière. La liste des tués et des blessés s’est donc allongée pour atteindre aujourd’hui 122 morts et environ 5000 blessés. Les arrestations arbitraires et les jugements expéditifs constituent l’autre volet de la violence institutionnelle qui s’exerce dans la plus totale impunité dans la mesure où la Justice algérienne est aux ordres du gouvernement.

De l’extérieur du pays, hormis la voix de l’émigration kabyle notamment en France, la solidarité en faveur de la Kabylie s’est très peu manifestée. L’huis clos dans lequel est ainsi maintenue cette région profite à la politique criminelle que mène le gouvernement algérien, avec la tranquillité qu’autorise l’impunité.

En cette fin d’année 2002 et au moment où des victimes innocentes arbitrairement incarcérées n’ont pas trouvé d’autre moyen d’appeler au secours qu’en refusant de s’alimenter, au moment où ces véritables défenseurs des droits de la personne risquent leur vie d’un moment à l’autre, nous vous demandons instamment de faire tout ce qui est en votre pouvoir pour venir à leur secours pour leur éviter la mort certaine qui les guète à très brève échéance. Ne les laissons pas mourir.

Nous comptons sur vous, persuadés que cet appel d’une extrême urgence sera entendu. D’avance merci pour tout ce que vous ferez.

B. LOUNES
Président du CMA
Congrès Mondial Amazigh
BP 60
75861 Paris cedex 18
T/F : 33 4 76 25 85 86
email : congres.mondial.amazigh@wanadoo.fr
Web : www.congres-mondial-amazigh.org

Pièce jointe : liste des détenus

Destinataires :
Haut commissariat des Nations Unies aux droits de l’Homme
Union européenne, direction Droits de l’Homme et démocratisation
ONG