Réseau amazigh pour la citoyenneté
La société internationale a pour habitude de fêter chaque année les grands pas réalisés par celle-ci dans les domaines des Droits Humains et les Droits des peuples à vivres dans la plénitude de leurs acquis historiques et civilisationnels.
Cette année 2002 a été pour nous ainsi que pour l’ensemble des organisations de défense du Droit à l’identité; incarnant par là -même l’approche globale de défense des Droits linguistiques et culturels, une escale d’évaluation et d’appréhension de l’ensemble des actes et faits en faveur de notre légitime cause. C’est une occasion également pour méditer et divulguer les différentes atteintes et aberrations à l’encontre du Mouvement Amazigh. Ainsi, le cinquante-quatrième anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits Humains 1948/ 2002 ; marque l’importance particulière accordée par la société internationale aux Droits inaliénables à l’Identité, au droit des peuples à disposer d’eux même, au droit à l’éducation et à l’enseignement de la langue maternelle, au droit à la propriété intellectuelle, etc. La troisième génération des Droits Humains qui a pris en revers la généralité et la globalité des deux pactes de 1966 sur les droits économiques sociaux et culturels (articles 13 et 15) et sur les droits civiques et politiques (article 27) a contribué amplement à clarifier et à préciser l’ensemble de ces Droits.
Ainsi, la concrétisation de cette démarche a été initiée par l’adoption de la Déclaration de Mexico en 1982 sur les politiques culturelles. De ce fait les différentes options qui battissent leur légitimité juridique et intellectuelle sur la base de la suprématie d’un peuple à cause de ses origines nationales, raciales ou religieuses, ont perdu beaucoup d’espace de mouvement face à ces nouvelles lectures et approches qui prônent, entre autres, le droit des peuples opprimés à être protégés contre tout génocide, qu’il soit racial, culturel ou linguistique.
Partant de toutes ces considérations, le Réseau Amazigh Pour la Citoyenneté appréhende la question des droits linguistiques et culturels amazighs, ainsi que le droit à l’Identité du peuple amazigh ; en se définissant à partir de sa lutte et sa participation active en premier lieu au sein du Mouvement Amazigh; noyau associatif pacifique militant pour la reconnaissance de l’amazighité dans toutes ses démentions ; et en deuxième lieu au sein du mouvement Onusien pour la reconnaissance des droits des peuples.
De ce fait, nous constatons amèrement, en tant que peuple amazigh marocain faisant partie du peuple amazigh qui habite toute Tamazgha (Nord de l’Afrique) que les politiques menées envers notre culture et notre civilisation millénaire par l’ensemble des États du Maghreb laissent encore à désirer et font preuve d’absence de bonne volonté en vue de l’adoption d’une approche démocratique, plurielle et respectant les droits humains tels qu’ils sont universellement reconnus.
La déclaration adoptée par l’assemblée générale des Nations Unies à Mexico à propos des politiques culturelles a précisé le sens large de la culture comme étant l’ensemble des aspects spirituels, matériels, intellectuels et sentimentales qui caractérisent une société ou un groupe social proprement dit. Cet ensemble comprend également les arts, les littératures, les modes de vie ainsi que les droits fondamentaux pour l’être humain. Cette approche intègre aussi les valeurs, les traditions et les croyances.
Aussi, nous constatons que les politiques réductrices adoptées par le gouvernement marocain envers la culture et la langue amazighes depuis l’indépendance en 1956 à nos jours; sont sans aucun doute l’expression d’une politique adaptée et en parfaite symbiose avec le socle et le référentiel idéologique de l’Etat marocain qui a comme soubassement une langue unique, une religion unique, une culture unique et par définition une identité unique. Ceci continue malheureusement à perpétuer l’injustice envers la langue amazighe même avec les initiatives tant critiquées telles que l’Institut Royal pour la Culture Amazigh et la soi-disant transition démocratique dont l’une des dernières fut la déclaration du nouveau gouvernement (2002-2007) qui n’accorde aucune place claire à la promotion de la langue et culture amazighes.
De ce fait l’approche universelle, ouverte et plurielle qui aboutirait à une démocratie culturelle au sein d’une logique des droits humains tels qu’ils sont universellement reconnus fut éloignée de la constitution et des textes de droit. Il fut également absente des institutions de l’Etat telles que l’école primaire, l’université, les tribunaux, les télévisions publiques, l’administration….
Pour l’année 2002, et malgré la volonté exprimée maintes fois par le chef de l’État à fin de rétablir l’amazighité du pays, on constate malheureusement qu’il y’a beaucoup plus de facteurs et de signes de continuité que de rupture.
La continuité s’est manifestée à tous les niveaux, pis encore on constate que le phénomène de détérioration des acquis civilisationnels amazighs est incroyablement accéléré à cause de l’arabisation forcée de la vie quotidienne des citoyens marocains.
Cette continuité se manifeste à plusieurs niveau :
Il va sans rappeler que les Amazighs marocains constituent le nœud social et culturel du Maroc. Ces citoyens ont été jusqu’à présent victimes de politiques anti-démocratiques menées par un État Nation fondé autour du dogme de l’arabo-islamisme.
La revendication de l’aspect pluriel de notre patrimoine civilisationnel a toujours été confrontée à une approche demeurée raciste rejetant, au second degré, tout ce qui est amazigh. Ainsi, et durant ces quarante six années ; le référentiel idéologique de l’Etat ne dessinait comme horizon qu’ une langue unique, une religion unique, une culture unique et par définition une identité unique. Ce qui met en situation de conflit et de déséquilibre les aspects objectivement pluriels de notre identité nationale.
De ce fait, les implications directes de ce déséquilibre apparaissent directement sur le plan de la définition juridique et politique de la vie publique. La constitution, ainsi que les autres textes de droit, ignorent totalement la valeur historique et symbolique de notre langue et culture amazighes plusieurs fois millénaires. Ce qui explique l’absence du volet amazigh dans toutes les institutions publiques telles que l’école primaire, l’université, les tribunaux, les chaînes de télévisions publiques, l’administration territoriale…
De cause à effet, l’accentuation de l’arabisation a généré un phénomène sans précédent d’assimilation ce qui grève lourdement la viabilité de l’écosystème culturel et linguistique qui a prévalu au Maroc depuis des millénaires. La domination de l’espace public par l’Arabe, langue officielle, crée des situations préjudiciables pour la majorité des Amazighs, ce qui contribue à l’amplification de ce sentiment d’infériorité vis à vis de la langue de l’Institution.
Pire encore, l’esprit assimilationniste des décideurs publics, a imposé, que les enfants amazighs soient nommés conformément à "l’authenticité arabo-musulmane" (l’interdiction de nommer le nom amazigh IDIR a Casablanca- NOUMIDIA à khmiss de Dadess (région de Ouarzazete) et à Casablanca - SIMAN à Tagadirete (région d’Agadir) et par le consulat marocain à Paris -France ….). Suite à cet inique fait, un enfant marocain n’a pas le droit de porter un nom amazigh /africain, ce qui est contre touts les principes des droits humains tels qu’ils sont universellement reconnus.
Ces enfants amazighs sont également privés à l’école de supports de communication en leur langue maternelle. Le statut de la langue amazighe est de plus en plus détérioré par rapport à la langue arabe dite sacrée et officielle. La charte pour la réforme de l’enseignement adoptée par le parlement marocain (1997-2002) tout en soutenant un enseignement des dialectes amazighes l’intègre dans une logique de facteur de facilitation de l’apprentissage de la langue arabe ce qui perpétue par conséquent la situation de langue supérieure et langue inférieure. Cet état de fait bafoue tous les droits du peuple marocain qui aspire à voir sa langue maternelle à l’école bénéficier du même statut que la langue arabe sans discrimination aucune.
Sur un autre plan la politique actuelle fait que la majorité du peuple marocain n’a pas droit de recevoir des émissions en sa langue maternelle, ce qui déconnecte le système d’information public par rapport à la réalité marocaine. La situation lamentable dont souffrent les journalistes de la section amzighe au sein de la Radio Télévision Marocaine qui travaillent dans des conditions lamentables, se trouve conjugué par l’absence d’un Département spécialisé en amazigh au sein de l’institut supérieur d’information, ce qui explique la médiocrité de la production en amazigh à la RTM.
Cette situation de marginalisation d’un élément si important et si consistant dans l’histoire millénaire de notre pays encombre de plus en plus l’identité amazighe et concrétise cet état de déséquilibre où la majorité des marocains ne bénéficient pas de leurs droits culturels, linguistiques et identitaires.
Ainsi, le réseau amazigh pour la citoyenneté déclare à l’opinion nationale et internationale sa dénonciation de la politique de silence avec laquelle le gouvernement ; la majorité des partis politiques et une partie de la société civile traitent le dossier des Droits Humains et des peuples.
Le Bureau exécutif du Réseau Amazigh pour la Citoyenneté, tout en fêtant le cinquante quatrième anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits Humains, en constatant amèrement l’état dans lequel continuent de vivre la culture et la langue amazighes, lance un appel à toutes les forces vives de la société et à tous les démocrates et à tous les militants des Droits Humains pour intervenir et harmoniser leurs efforts afin de lever l’injustice et l’aberration dont souffrent la culture, la langue et la civilisation amazighes.
De ce fait le Réseau Amazigh pour la Citoyenneté revendique :
La reconnaissance officielle de l'amazighité (identité, langue et droits) dans la constitution marocaine. Par la proclamation d’une constitution démocratique, qui devrait consacrer l'amazigh en tant que langue nationale et officielle, et instituer en pratique une séparation des pouvoirs, et conférer au peuple marocain sa pleine souveraineté. L’approbation par le gouvernement du protocole liée a la convention des droits civils et politiques. L’octroi de moyens didactiques et matériels à fin que la dimension amazighe puisse atteindre et influencer tous les niveaux de la vie quotidienne des citoyens marocains. Rejetons le Dahir en vigueur concernant l’Institut Royal de la Culture Amazighe et demandons sa révision afin d’assurer à cet institut la pleine capacité de prise de décisions et de leurs mise en application ainsi que sa pleine autonomie administrative et financière. L’intégration de l’enseignement de la langue amazighe à tous les niveaux de l’enseignement public et l’instauration d’un système éducatif laïque, avant-gardiste, et gratuit intégrant l'amazigh dans tous les cycles de l’enseignement et pour tous les Marocains.
La levée de la discrimination dont souffre l'amazigh à la RTM et la chaîne 2M par la reconnaissance du droit des Amazighs à bénéficier de ce service public en leur langue maternelle. Le respect du droit des groupes et des individus à s’organiser dans des structures légales pour défendre leur identité, ainsi que la cessation des excès de pouvoir par le respect des libertés publiques. Nous demandons l’abolition de toutes les lois colonialistes servant de base à la spoliation des propriétés, à l’exploitation minière, forestière et halieutique le respect de l’identité marocaine dans le cadre d’un régime fédérale renforçant les spécificités régionales. Le respect des libertés fondamentales individuelles et collectives et refusons toutes les lois restrictives en la matière (presse, grève, création d’associations et des partis, travail…).
Le bureau
exécutif du Réseau Amazigh pour la Citoyenneté
Rabat, le 30/11/2002