Mohamed Younsi
C'est la consternation à Tadmaït, 17 km à l'ouest de Tizi-Ouzou. Dans le coma depuis le 29 mai, le jeune Idir Bayou, âgé de 19 ans, a succombé à ses blessures ce samedi 9 juin.
Le
lendemain de la journée la plus meurtrière des émeutes,
il s'est rendu sur la route nationale 12 avec ses camarades insurgés
à la recherche de bouteilles vides devant servir à la confection
de cocktails Molotov. Ce jour-là, le sort en a décidé autrement
pour Idir. Il est tombé du haut d'un camion pour ne plus jamais se relever,
installant sa famille et tout le village qui a, la veille, perdu deux autres
adolescents, Mohamed Hamidchi et Abdelaziz Akkouche, dans une angoissante attente.
Son autre combat, contre la mort celui-là, aura duré deux semaines
durant lesquelles, selon son père M. Bayou Ali, il n'a pas été
correctement pris en charge par le service de réanimation du CHU Nedir
Mohamed de Tizi-Ouzou.
À son entrée au pavillon des urgences, alors qu'il saignait du nez, des oreilles et de la bouche, le médecin de garde a recommandé à son frère Hakim de l'évacuer dans une clinique privée. Autre anomalie, au cinquième jour de son admission à l'hôpital, Idir a subi une opération chirurgicale réussie à la tête. Mais, son chirurgien ayant vainement recommandé le transfert de son patient dans une salle de réanimation dotée d'une climatisation, le malheureux Idir a succombé aux suites d'un œdème cérébral dû à la chaleur suffocante, ce qui aurait pu être évité si la recommandation du chirurgien avait été respectée.
Le manque de moyens matériels et autres infrastructures d'accueil adéquates au CHU Nedir y est-il sans doute pour beaucoup dans le drame qui a affecté la famille Bayou et le village de Tadmaït. Idir, dont le nom berbère signifie, le survivant, siège désormais dans la postérité comme tous les autres martyrs de cette révolution de la jeunesse kabyle. Il a rejoint à son tour le panthéon des braves, lui qui devait passer son baccalauréat avec sa sœur. Consternée, cette dernière, du reste, n'a pu aller au bout de son examen ; n'ayant pu être présente que la matinée du 09 juin. Un drame supplémentaire pour une famille déjà bien accablée par le sort. L'inhumation de Idir Bayou le 10 juin, a drainé autant de monde que celles de ces deux camarades tombés au champ d'honneur le 28 mai.