Malgré qu’une certaine unanimité s’est faite et continue de se faire sur l’importance pour Imazighen d’utiliser la graphie latine pour écrire tamazight, certains donneurs de leçons, animés d’une volonté suspecte, continuent vainement de semer les doutes au sujet d’un vrai faux problème de " choix " du caractère.
Avant d’examiner et de mettre à l’épreuve chacune des graphies en compétition apparente, faisons d’abord une précision quant à la différence qui existe entre transcrire et écrire une langue. En phonétique, transcrire un parler donné, c’est noter rigoureusement toutes les nuances de tous les sons rencontrés dans ce parler en vue de le comparer à d’autres parlers. Pour cela, les phonéticiens utilisent un système graphique construit sur le principe selon lequel un son donné, est représenté par un signe particulier. En phonétique, la graphie utilisée est l’alphabet phonétique internationale (API). À cette graphie, certains phonéticiens " berbérisants " préfèrent la graphie gréco-latine enrichie de signes diacritiques et de points souscrits (46 signes).
Cependant, une langue écrite est toute à fait autre chose ! Car selon l’orthographe grammaticale de cette langue, un graphème peut avoir des valeurs phonétiques différentes d’un cas à un autre. Un graphème peut être muet ou prononcé selon les situations. Deux graphies qui se suivent peuvent rendre un son nouveau. Des mots à orthographes différentes peuvent se lire de la même façon... Et, l’écrit n’est toujours pas conforme à l’oral. Dans une écriture qui mérite respect, c’est les règles grammaticales qui gèrent l’orthographe des mots et non pas uniquement leurs réalisations phonétiques qui sont variables d’une région à une autre voir d’un individu à un autre.
Après cette brève précision, nous remarquons d’ores et déjà que l’orthographe n’est possible qu’en utilisant exclusivement la graphie latine (26 signes, de A à Z), la seule graphie capable de concrétiser une écriture digne de ce nom. Dans le cas de tamazight, malgré que les auteurs et producteurs en cette langue ont déjà tranché dans ce faux problème, encore une fois, confrontons quand même les trois graphies (arabe, tifinagh, et latin) les unes aux autres et vérifions les compétences de chacune dans les différents domaines relatifs à l’écriture et à ses applications.
Avant de mettre à l’épreuve ces graphies, posons d’emblée certaines conditions nécessaires pour toute compétition en matière d’écriture :
Attribuons un point (1) à la graphie qui peut rendre un service particulier à tamazight et à son écriture, et zéro point (0) lorsque incapable de rendre ce service. Les résultats sont résumés sans commentaires dans le tableau suivant:
|
arabe |
tifinagh |
latin |
|
|
voyelles |
0 |
1 |
1 |
|
voyelles accentuées |
0 |
0 |
1 |
|
diagrammes |
0 |
0 |
1 |
|
diphtongues |
0 |
0 |
1 |
|
gémination |
0 |
0 |
1 |
|
apostrophe |
0 |
0 |
1 |
|
majuscule / minuscule |
0 |
0 |
1 |
|
moyens de communication |
0 |
0 |
1 |
|
commodité |
0 |
0 |
1 |
|
universalité |
0 |
0 |
1 |
|
référence identitaire |
0 |
1 |
0 |
|
TOTAL |
0 |
2 |
10 |
CONCLUSIONS
Enfin, engager la langue tamazight dans une médiocrité graphique ne servira qu’à prouver l’échec de son enseignement... que les ennemis de cette langue auraient longtemps souhaité voir se produire.
Lahbib FOUAD, Rabat, Maroc