Maroc : Attajdid attente à l'amazighité

Lahsen Oulhadj

Au su et au vu de tout le monde, des attentats journaleux anti-amazigh d'une rare violence ont eu lieu sur les colonnes du journal Attajdid, le porte-voix du parti islamiste marocain le PJD. Les vindicatifs commanditaires, qui ne sont vraiment pas des inconnus du grand public, sont respectivement M. Amari M. Y. Khbiza et M. Yatim. Ils se sont déjà illustrés par le passé, surtout ce dernier, dans leurs escarmouches virulentes avec les militants de l'amazighité à qui ils vouent, et c'est un secret de polichinelle, une haine viscéralement et historiquement incommensurable.

Il faut reconnaître que ces derniers l'ont bien cherché. Ils n'arrêtaient pas, avec un plaisir non dissimulé, de jouer aux empêcheurs de tourner en rond et aux provocateurs invétérés. D'autant plus qu'ils n'y vont pas de main morte, pourrait-on dire. À chaque fois qu'ils ont l'occasion de le faire, ils rappellent que le Maroc est encore et toujours amazigh. Ce qui n'est pas faux, loin de là. Mais le proclamer, haut et fort, de telle sorte qu'il soit audible, met dans tous leurs états les amis de M. Yatim, parce que contraire à leurs perceptions étriquées. Un Maroc où ils vivent, malgré leurs gesticulations pseudo-patriotiques, presque en exilés. Car leurs cœurs et leurs esprits sont à quelques six mille kilomètres et parfois même plus, en direction de l'est. Hasard ou pas, un sondage auprès de leur lectorat le confirme amplement. Tel journal, tels lecteurs. C'est l'Irak et la Palestine qui sont au premier rang des problèmes qui leur causent énormément d'émois et autant d'insomnies ; les sujets ayant trait au Maroc arrivent, naturellement, comme on s'y attend, loin derrière.

Les gens du PJD ne se souviennent du pays que dans deux cas : traîner dans la fange de l'opprobre, de concert, leurs hôtes amazighs ou instrumentaliser, à tout bout de champ, effrontément, l'Islam pour se frayer des chemins vers les dédales dorés du Parlement. Et y remplir leur escarcelle, scandaleusement et indûment, alors que le peuple vit dans une misère plus que noire. Lorsque quelques esprits hardis osent leur rappeler gentiment et timidement cette vérité, ils piquent des crises de nerf mémorablement magistrales, quitte à être vulgaires. C'est un peu normal, la remise en cause de leur fond de commerce représente un immense danger pour leurs petits intérêts. Quant à la plèbe, composée en majorité de pauvres hères amazighs, qu'il crève dans sa mouise indescriptible !

C'est facilement observable et vérifiable, les pleureurs professionnels du PJD et consorts nous présentent un drôle d'Islam, qui est mâtiné avec une forte dose du chauvinisme arabiste digne de celui de la période « jahilienne». Ils se le sont appropriés et ont fait de l'arabo-baâthisme son premier pilier. En réalité, ils sont hérétiques et ne le savent pas. En tous les cas, ils n'en ont cure qu'ils fassent dans l'associationisme (al-achirk), l'un des péchés les plus impardonnables, les plus condamnables en Islam. Tous les moyens sont donc bons pour violenter, voire même violer, l'amazighité qui est devenue, chez eux, presque une phobie inguérissable, une obsession perpétuelle.

Lorsqu'on lit les délires de ces imposteurs, dont les méthodes n'ont rien à envier au terrorisme, on a de quoi devenir fou. Transformer l'Islam, une religion de justice, en une idéologie pour légitimer toutes les injustices et tous les assujettissements, est un procédé abominable. Or, l'Islam que nous avons appris, il n'asservit pas, il les libère plutôt. Les Amazighs, que ce soit considéré pour acquis, n'ont aucun problème avec cette religion qu'ils connaissent mieux que le meilleur de ces excités, et ils n'ont d'ailleurs aucune leçon à recevoir de leur part. Mais force est de reconnaître qu'ils en veulent à tous ceux qui la manipulent dans le but d'imposer leur petite pensée unique, détruire en même temps la culture amazighe et « moyen-orientaliser » définitivement le pays.

Exciper impudemment les propos de tel ou tel militant amazigh pour jeter le discrédit sur les revendications somme toute légitimes du mouvement amazigh est tout simplement malsain, malhonnête et nullement digne d'un vrai musulman. Au fait, ce n'est pas la défense d'un quelconque Islam qui intéresse ces contempteurs furibonds de l'amazighité. Parce que si c'était le cas, pourquoi ne s'insurgeraient-ils pas, avec autant de véhémence, contre des fléaux par trop dangereux qui sévissent actuellement dans la société et qui menacent non seulement l'Islam mais l'Homme marocain en lui-même ? Ce n'est pas la peine de les citer, ils les connaissent déjà, mais préfèrent ne pas les voir. En revanche, faire du bacchanal, à vous déchirer les tympans, pour les causes du Moyen-Orient, ils savent le faire et de quelle manière !

Dans leurs transes anti-amazighs, nous avons fait une remarque : en plus de faire parade, avec morgue, de leur ignorance abyssale de l'amazighité (alors que c'est cela qui fait réellement du Maroc ce qu'il est), ils ne se sont pas rendu compte que leurs munitions sont plus que vieillottes. Ils ne sont même pas en mesure de faire dans l'originalité et renouveler leur arsenal de stupidités. La technique de leur mythique dahir de 1930, ne prendra plus. Un peu d'imagination quand même ! Car toutes leurs injures (un obscur Président du conseil islamique de Fès, par exemple, nous traite tout de go et sans aucune pudeur de barbares), on ne les connaît qu'assez. Et quand on veut faire un débat d'idées (ce qui n'est nullement leur but, car ils n'en ont pas comme dans tous les fascismes), la diffamation et la violence verbales n'ont jamais tenu lieu d'arguments. Laissons-les sévir, un jour, ils se fatigueront d'éructer… des insultes.

Reste un grand mystère : que doivent donc penser leurs militants amazighs (ou ce qui reste encore de leur amazighité), ces éternels lampistes qui forment leurs gros bataillons ? Il ne faut pas trop espérer une levée de bouclier. C'est trop leur demander. D'ailleurs, l'un de leurs « libres » sympathisants amazighs (c'est ce qu'il affirme être), dont la réaction est exhibée, dans un arabe pré-islamique, avec ostentation, sur le site d'Attajdid, nous annonce la couleur : ce serf abonde dans le même sens que ses maîtres. Pire, il fayote même. Après avoir tenu, sans aucune forme de procès, à enterrer vivante l'amazighité, sous des tonnes d'inepties et d'idioties, il nous jette à la figure, sans ciller, ces propos on ne peut plus éloquents : « Après ce que j'ai lu (il veut parler des attaques anti-amazighs d'Attajdid), souligne-t-il avec beaucoup d'aplomb, j'ai désormais honte de dire que je suis amazigh. »

Des propos intolérables, inadmissibles, parce que fielleux et confinant à un mépris absolutissime. Ce n'est plus ni moins qu'un appel au pogrom anti-amazigh. Est-ce que les responsables machiavéliques d'Attajdid oseraient faire de même avec un Arabe ? Il ne faut même pas y penser, car pour eux tout ce qui est inhérent à l'arabité, érigée d'ailleurs en une nouvelle religion, relève du sacré, donc intouchable. En revanche, l'amazighité, et nous en avons maintenant la preuve, ne doit avoir qu'un seul et unique sort : le piétinement.

Si donc tous les militants prétendument amazighs du PJD sont comme cet hurluberlu, doublé d'un pyromane de la haine, il faut s'attendre à ce qu'on soit bien servi !