La gaffe de M. Chirac
Lors de l'inauguration de la place Mohamed V à Paris, le 29 décembre 2002, le peuple marocain n'a pas manqué d'accueillir avec satisfaction le geste de la république française, en hommage à l'illustre compagnon de la libération de la France.
L'occasion aurait été un grand moment d'émotion si ce n'était la malencontreuse allusion du chef d'État français au fameux «dahir berbère», qui a fait tiquer plusieurs personnalités présentes à la cérémonie.
En reprochant à ce texte de porter atteinte au système judiciaire marocain, ce qui est totalement faux, puisque le droit coutumier amazigh, plusieurs fois millénaire a été reconnu à travers les siècles par les dynasties qui se sont succédées dans le Royaume, M. Chirac ignorait-il qu'il offensait en présence de son auguste descendant Mohamed VI, créateur de l'Institut royal pour la culture amazighe, feu Mohamed V qu'il voulait honorer à cette occasion. Souverain qui dans un esprit de tolérance et suivant en cela, la voie tracée par ses glorieux ancêtres, avait promulgué et défendu le dahir du 16 mai 1930, réglant le fonctionnement de la justice coutumière «berbère», en vigueur sur une vaste partie du territoire national, dans un message adressé au peuple marocain et lu dans les grandes mosquées du Royaume, le vendredi 11 août 1930, à l'occasion de la fête musulmane du Mouloud, où il fustigeait ceux qui voulaient saisir l'évènement pour induire le peuple en erreur, en prétendant que les mesures qu'il avait décrétées n'avaient pour but que la christianisation des bérbéres.
Cette allusion de M. Chirac conforte par la même occasion, ceux qui en tenant des discours haineux, au risque de diviser le peuple, visaient surtout à fragiliser le trône en qualifiant le souverain défunt de jouet entre les mains du colonisateur, en vue de l'assujettir aux intérêts d'un groupe social déterminé, vecteur d'une idéologie obscurantiste et exclusive faisant de l'Amazigh qu'il entendait marginaliser, un primitif sans foi ni conscience nationale, à la merci de l'occupant. Alors que l'Amazigh a été de tout temps un ardent défenseur de l'Islam, de l'indépendance et de l'intégrité nationale et que les noms de Moha Ou Hammou, Itto, Abdelkrim, Assou Ou Baslam, Abdallah Azagour, pour ne pas citer que ceux-la, ont raisonné dans les oreilles des officiers de l'armé coloniale et hanté leur sommeil jusqu'à la fin de leur existence.
Outre qu'elle risque de raviver une plaie que les Marocains voulaient à jamais cicatriser, l'allusion du président français a choqué la majorité des Marocains et fait retourner dans leurs tombes les soldats amazighs qui, par milliers, étaient allés à l'appel de leur souverain, commandeur des croyants, se sacrifier sur le champs d'honneur pour libérer la France, lors des deux grandes guerres.
Ce rappel mal placé, par M. Chirac, d'un évènement historique qui avait été exploité de manière malintentionnée par des individus dont l'unique préoccupation était de préserver et de promouvoir des prèvilèges catégoriels au dépend de l'intérêt suprême de la nation, ne fera que renforcer le mouvement culturel amazigh dans sa détermination à poursuivre inlassablement, son combat jusqu'au triomphe d'un Maroc démocratique et multiculturel, libéré de toute idéologie totalitaire obscurantiste, ou chaque citoyen quelle que soit sa confession ou son origine ethnique et trouvera sa place dans sa dignité.
Mohamed MOUNIB
Membre de l'Université
d'été d'Agadir et membre fondateur du congrès Mondial Amazigh