À
Canal +
À
l’attention de M. Gérard Depardieu
Copies
à MM. Alain Chabat et Djamal Debbouz et Mondeberbere.com
Rezki Issiakhem
Lors de votre visite toute récente en Algérie, vous avez déclaré : " J’aime les hommes et leurs idées. Quatre hommes m’ont impressionné : Mitterrand, Castro, Le Pape et… Bouteflika. Je ne fais aucune politique… Il y a des cons partout, j’en vois moins là… ".
Merci pour la dernière phrase, Bouteflika prenant le citoyen algérien pour un con, mais quelle déception pour celles qui la précèdent. Quel désenchantement pour moi fut cette tirade d’un artiste pour lequel j’avais une grande admiration ! Quelle méconnaissance de cet homme "élu " président parce que seul candidat, les autres pour la plupart démocrates ayant été contraints par le pouvoir de retirer leurs candidatures avant le premier tour ! Quelle ignorance de cet homme, certes spécialiste en rhétorique, mais dont les idées qu’il a développées jusqu’ici et son programme ne valent guère mieux que ceux d’un Le Pen ! Aussi je tenais à vous faire connaître le triste bilan de cet homme durant bientôt quatre années de gestion de notre pays.
La répression est la seule réponse qu’il donne à toutes les expressions démocratiques d’un peuple qui sombre dans le chaos. Le mouvement citoyen démocratique de Kabylie qui porte des revendications reconnues légitimes par le pouvoir et Bouteflika lui-même est réprimé dans le sang. Les enlèvements de citoyens militants par des groupes paramilitaires agissant en cagoules se sont banalisés. Alors que les terroristes islamistes bénéficient d’amnistie après qu’ils furent les auteurs de crimes barbares, égorgements qui firent selon Bouteflika 200.000 morts, les manifestants pour la démocratie sont condamnés à des peines de prison allant de 6 mois à 2 années (lire les compte-rendus de la presse nationale).
Les manifestations berbères ont coûté la vie à cent dix huit jeunes pour la plupart lycéens tués par balles réelles par des gendarmes qui auparavant commettaient crimes, vol, rackets et viols en toute impunité. Trois mille (3000) autres manifestants furent blessés et certains handicapés à vie. Votre hôte en la personne du ministre de la Solidarité a refusé à certains d’entre-eux l’autorisation de quitter le territoire pour se faire soigner. Alors que les hôpitaux sont devenus des mouroirs, les membres du sérail et leurs familles pillent sans vergogne les deniers publics pour entretenir leur santé à l’étranger.
La liberté de la presse acquise par un lourd tribut humain, cinquante neuf journalistes assassinés par les islamistes, est remise en cause par un dispositif judiciaire liberticide, le harcèlement, l’intimidation et la poursuite répétées des journalistes et des directeurs de journaux indépendants.
Le droit à la défense du citoyen dans les cours de justice est compromis par un dispositif judiciaire faisant de l’avocat un simple faire-valoir dépouillé de tout attribut. Le magistrat ne peut pas rendre justice en son âme et conscience parce que soumis aux injonctions d’un ministre de la Justice en la personne de Ahmed Ouyahia qui traitait le poète et chanteur Matoub Lounès assassiné par les terroristes de " triste voyou ".
L’universitaire, chercheur ou enseignant, est réduit à quémander son salaire à chaque fin de mois. Les enseignants des cycles primaires, moyens et secondaires déconsidérés par leur tutelle au point que la plupart d’entre eux sont dans la nécessité d’exercer une autre activité illicite pour survivre.
Le chômage atteint quasiment la moitié de la population active et le pouvoir d’achat ne cesse de se réduire à cause d’une inflation galopante dopée par un libéralisme sauvage qui profite en exclusivité à une mafia puissante et protégée par le pouvoir.
Une partie du territoire national, le Sahara, est offerte en suzeraineté aux émirs du golfe qui dévastent notre patrimoine cynégétique. L’outarde et la gazelle est en voie de disparition chassées par ces cheikhs qui débarquent en charters.
Tout cela n’est qu’une part de l’apport de ce personnage qui selon vous est impressionnant mais si ses idées séduisent, elles ne cachent que cabale et conspiration. Voici une anecdote que j’ai rapportée dans " le Quotidien de Kabylie " après le passage de Bouteflika à Tizi-Ouzou et au cours de laquelle il a dit : " Je suis là pour vous séduire mais il faut que vous aussi séduisiez ". Deux braves paysans se rencontrant le lendemain s’en entretiennent.
Un proverbe chinois dit : " La perfidie chez la femme n’a d’égal que la lâcheté chez l’homme. " Comme tout dictateur de droite ou de gauche, Bouteflika par son attitude dément cette maxime tant chez lui la perfidie et la lâcheté sont des règles de conduites. Sachez qu’Enrico Macias avait crié son amitié pour Bouteflika qui l’invitât à visiter Constantine, sa ville natale. Les islamistes s’y opposèrent parce que Enrico est juif, ils menacèrent de l’accueillir avec violence et son cher ami président n’eut aucune réaction. Comme à son habitude, Boutef sait séduire mais seulement avec l’intention de s’imposer.
Au cours de votre conférence de presse, vous avez annoncé votre prochaine visite à Tizi Ouzou où vous présenteriez votre film " Asterix et Obelix : Mission Cléopâtre " aux élèves de la région. Bravo ! Mais pourquoi seulement aux élèves ? Sachez cependant que leurs questions pourraient vous surprendre car la majorité des victimes de la répression bouteflikienne étaient des élèves.
Questions pour le Burger Quiz.
Je souhaite seulement que vous restiez le grand acteur qui vaut toute l’admiration et le respect que je vous porte.
Sachez encore que je n’ai rien d’un extrémiste, ni d’un Berbère raciste et pour preuve, ma fille porte deux prénoms, l’un juif l’autre arabe quand moi je suis athée. Pourquoi cela ? Me diriez-vous. En voici la raison. Alors que je vivais en France, à Vichy et que ma compagne attendait une fille, je fis la connaissance de trois émigrés arabophones, Algériens comme moi. Au cours de notre conversation, l’un d’eux me dit : " Je considère les Kabyles comme des juifs ". Très bien lui répondis-je, alors je donnerai à ma fille deux prénoms, l’un juif et l’autre arabe, elle ne sera que plus sémite. Ma fille se prénomme Léa-Zohra, elle a aujourd’hui quatorze ans et n’a jamais pu venir en Algérie en raison des événements dramatiques qui s’y déroulent. Au cours d’une de mes visites, elle me supplia de lui faire connaître mon pays, je lui répondis par le poème suivant :
À Léa, ma fille.
Si tu savais
ma fille
Combien j'aurais aimé
Un je t'aime te porter
Et même te le
crier.
Mais dans nos rues
ma tendre
Où trouver
ce doux mot
Dans la dérive
des battle-dress
Et les râles
des morts-vivants.
Si tu savais
ma jade
Combien j'aurais aimé
Te dévoiler
les yeux
Et y plonger les miens.
Mais dans nos rues
ma douce
C'est ouvrir tes iris
Aux égouts
des cités
Que piègent
les embuscades.
Si tu savais
ma rose
Combien j'aurais aimé
Te dédier un
printemps
Aux couleurs d'azur
Mais dans nos rues
ma fleur
C'est épandre
semence
En terre fumigénée
Et nourrie de sang.
Si tu savais
mon dogme
Combien j'aurais aimé
Vieillir en te chantant
Mais dans nos rues
mon cœur
À l'angle des
vitrines
M'épieraient
des chiens
Aux croissants tranchants
Qui tueraient l'espoir.
Aux bouts
de nos rues ma
Reine
Les tombes sont ouvertes
Pour ceux qui veulent
Aimer.
Tizi Ouzou,
le 05/05/02
Rezki
Issiakhem
Retraité
Ancien collaborateur
de la presse indépendante
(L’Hebdo libéré
et le Quotidien de Kabylie)
Ancien directeur de
la rédaction de l’hebdomadaire " Le Pays-Tamurt "