Depuis une année, la Kabylie est martyrisée. Il ne s’y passe pas une semaine sans son lot de morts ou de blessés. À ce jour, la répression a fait 112 victimes et des milliers de blessés dont une grande partie handicapée à vie. La répression continue et prend de nouvelles formes plus fascisantes les unes que les autres. Les gendarmes et les policiers violent les domiciles, procèdent à des rafles, battent sans ménagement tous les citoyens qui tombent entre leurs mains sans considération d’âge ni de sexe. Les franchises universitaires et hospitalières sont violées. Les blessés transportés par des ambulances sont arrêtés et privés de soins. La télévision publique monte des scénarios criminels pour diaboliser la région, monter contre elles les autres régions du pays et justifier les exactions commises par les services de sécurité. Le président de la République tend lui-même à le faire ; il n’est qu’à l’entendre lors de ses discours lorsqu’il accusât le Mouvement citoyen de Kabylie d’ : " organisations terroristes qui ont causé plus de dégâts que ne l’a fait le terrorisme islamiste en une décennie ". Il faut rappeler que le terrorisme islamiste a fait 200 000 morts en une décennie quand la Kabylie, en quelques jours, a perdu près de cent jeunes manifestants. Il est à signaler que l’armée et les services de sécurité n’auront pas fait en dix ans plus de victimes parmi les barbares du GIA qu’ils n’en ont fait parmi les manifestants en quelques jours.
La Kabylie n’est pas le territoire peuplé de voyous que présente la télévision algérienne mais celle rapportée par la presse nationale indépendante qui a arrachée sa liberté de ton au prix d’une centaine de vies de journalistes et assimilés et que le pouvoir algérien souhaiterait voir s’éteindre. Aujourd’hui encore de nombreux journalistes et directeurs de publications sont estés en justice par un ministère de la Défense qui n’existe pas dans l’organigramme officiel du gouvernement.
La Kabylie n’est pas sécessionniste, elle a, au contraire, démontré son attachement à l’unité nationale à chaque crise qui secoue le régime algérien et tout dernièrement en refusant l’organisation d’une session spéciale de rattrapage au baccalauréat pour la seule Kabylie après les événements à l’origine d’ordre culturel et qui ont causé la perte de dizaines de manifestants pacifiques aux mains nues dans cette région. La révolte contre la gendarmerie en Kabylie aurait pu avoir lieu n’importe où sur le territoire. Si elle a démarré dans cette région, c’est que celle-ci est, depuis toujours, le sanctuaire de la démocratie et de la liberté qu’aucune manœuvre de soumission n’a pu réduire. En Kabylie et ailleurs, les gendarmes se comportent non comme des éléments d’un corps de sécurité mais comme des conquistadors. La presse indépendante rend compte régulièrement de leurs forfaits : crimes crapuleux déguisés en suicides, racket de commerçants et d’artisans, confiscation de véhicules de particuliers à des fins personnelles, parrainage de divers trafics, notamment le pillage de sable qui leur génère de substantiels profits en même temps qu’il met en péril l’alimentation en eau potable des villes et villages, faux barrages qu’il est facile d’imputer au terrorisme islamiste, et l’abomination qu’est le viol. Il est faux de faire l’amalgame entre les manifestations amazighes dont les revendications tant culturelles que sociales et économiques sont partagées par l’ensemble du peuple algérien, que même les autorités du pays reconnaissent légitimes et une prétendue velléité de partition du pays.
À vous, citoyens de la patrie des Droits de l’Homme qui a connu l’occupation allemande avec toutes ses horreurs, et à vous, professionnels des médias dont nous saluons le travail d’information, nous demandons de ne pas faire silence sur les drames qui, quotidiennement, frappent notre pays. Votre silence blesse tous les démocrates algériens qui espéraient de vous sinon un soutien, du moins un témoignage de ce que l’on pourrait qualifier de génocide qui se perpètre à vos portes. Nous savons et comprenons que l’actualité est dominée par les élections présidentielles et le drame palestinien, ce dont profite le pouvoir algérien pour commettre ses exactions, mais ce qui se déroule chez nous risquerait d’être encore plus grave qu’il ne l’est si le silence des médias de France et d’ailleurs perdure.
En espérant de vous une réaction objective, croyez
en l’expression de mes chaleureuses salutations.
Tizi-Ouzou,
le 13 avril 2002
Rezki Issiakhem, retraité
Ancien collaborateur
des journaux indépendants :
L’Hébdo libéré,
Le Quotidien de Kabylie.
Ancien directeur de
la rédaction
et chroniqueur de
l’hebdomadaire
" Le Pays-Tamurt ".