Enfin un festival pour la chanson amazighe...

Le premier festival de la chanson amazighe sera organisé du 17 au 20 février courant à l’Opéra de Marrakech par l’Union des artistes maghrébins et l’Université Cadi Ayyad en collaboration avec l’Association Al-Atlas Al Kabir. Voilà une initiative somme toute louable et qui mérite les encouragements de tous. Mais avant de réserver vos billets et vos soirées, lisez attentivement l'annonce de la manifestation telle qu’elle a été publiée par le journal marocain Al Bayane.

Le titre est certes sans équivoque : Enfin un festival pour la chanson amazighe’, mais le contenu de l’article est plus que troublant. Première bizarrerie, la manifestation est initiée pour commémorer l’anniversaire de la création de " l’Union du Maghreb arabe ". Se servir des Amazighs pour célébrer leur exclusion ? Pas tout à fait, et c’est là la deuxième incohérence, et celle-ci, croyez-moi, est de taille supérieure, le festival de la chanson amazighe sera organisé… sans chanteurs amazighs ! Le comble du ridicule, diriez-vous ? Non plus. Le festival et ce qu’il est censé célébrer semblent se rejoindre parfaitement et restent très cohérents avec leur approche d’exclusion et de négation de l’autre. Les deux excluent une partie importante des habitants d’Afrique du Nord. L’un en l’annonçant clairement arabe " l’Union du Maghreb arabe " et l’autre en parlant d’amazigh tout en pensant arabe. Après tout nous sommes tous des Arabes, un festival amazigh avec des chanteurs arabes, ce n’est qu’un problème sémantique qui ne mérite pas qu’on s’y attarde. N’est-ce pas ? Bonnet blanc, blanc bonnet.

Dès lors, il ne faudra pas s’étonner, si demain on nous annonce d’autres bonnes nouvelles. Pourquoi pas par exemple l’enseignement de l’amazigh… en arabe ? Rappelez-vous de la Charte nationale de l’éducation et de la formation qui avait préconisé l’enseignement de l’amazigh pour apprendre l’arabe. Et n’oubliez pas que M. Meziane Belfqih, l’instigateur de cette charte, est aujourd’hui membre de la commission de l’Institut royal de la culture amazighe. Vous l’aurez compris, le pas qui sépare l’enseignement de l’amazigh pour l’arabe ou en arabe est vite franchi. Ce n’est qu’une question de prépositions. Soyons vigilants, la meute est lâchée. Et vive le Festival de la chanson arabe, pardon amazighe, enfin je ne sais plus, un festival avec des chanteurs, avec plein de touristes et des cachets plein les poches, le reste n’est que littérature, les Amazighs comprendront et comme à l’accoutumée oublieront vite… Mad iz akw ittinnan ghilad ?

Rachid Ridouane ZIRI