Le président de la Coordination des Berbères explique sa démarche
«Nous ne sommes pas un mouvement communautariste»
Avocat, Mustapha Saadi était candidat aux élections régionales en Ile-de-France sur la liste de l'UDF. Président depuis deux ans de la Coordination des Berbères de France (CBF), il veut faire entendre leur voix pour éviter qu'on ne les enferme dans une identité uniquement religieuse.
Propos recueillis par C. G.
[Le Figaro, 18 décembre 2004]
LE FIGARO. – Pourquoi organiser ces premières assises nationales ?
Mustapha SAADI. – Nous voulons rendre visible et faire vivre l'apport berbère en France. Dans l'actuelle concurrence des identités, nos enfants ont besoin de savoir d'où ils viennent, de valoriser leur culture d'origine. Mais nous ne sommes pas un mouvement communautariste, car nous ne revendiquons pas l'application de règles particulières à notre «communauté» et nous nous inscrivons dans les principes fondamentaux de la République.
Les jeunes nés en France se sentent-ils berbères ?
La constitution de l'identité est un mécanisme complexe influencé par l'environnement. Or, nous constatons que l'un des repères offerts aux jeunes, tel qu'il est mis en avant dans les politiques publiques et massivement relayé par les médias, est la dimension religieuse. Ce mécanisme ne remplace pas l'identité mais réduit sa richesse à un seul de ses éléments. Or la religion sans histoire ni culture peut conduire à des dérives.
Les Berbères subissent-ils des discriminations ?
Les Franco-Berbères ont souvent renoncé à leur histoire et à leur culture, pensant mieux s'intégrer. Aujourd'hui, ils sont rattrapés par les mêmes difficultés que les autres Français issus de la colonisation. Culturellement, ils sont particulièrement discriminés. Car ils ne disposent d'aucun institut de recherches ni de centre culturel. De même, leur langue, le tamazight, n'est pas enseignée par l'Education nationale et leur existence n'est pas mentionnée dans les programmes scolaires.
N'est-ce pas à la communauté de faire vivre cette culture plutôt qu'à l'État ?
Nous avons l'énergie et le savoir. Nous demandons aux pouvoirs publics de favoriser notre démarche en nous donnant les moyens de promouvoir notre culture. |