Algérie : vent de révolte à Ghardaïa
La condamnation de manifestants relance la colère.

Par José GARÇON
jeudi 21 octobre 2004

Tout indiquait des procès iniques et les avocats voulaient en demander le report. Mais les familles y ont renoncé, une rumeur sciemment propagée prévoyant un acquittement général... Le verdict ­ 7 relaxes sur 25 prévenus, 11 condamnations à quatre mois de prison ferme et 7 à huit mois avec sursis ­ les a fait déchanter. Et a relancé, mardi, la révolte qui secoue depuis plus d'une semaine la ville algérienne de Ghardaïa dans le Mzab. Nombreux autour du tribunal, des groupes de jeunes ont lancé des pierres contre le service d'ordre et attaqué façades du centre-ville et poteaux électriques...

Exaspération. Tout a commencé le 11 octobre avec la descente des brigades de l'inspection des impôts, de la gendarmerie et du contrôle des prix et de la qualité dans les magasins du centre-ville. L'intervention, aussi soudaine que tatillonne, a exaspéré d'autant plus les boutiquiers d'origine mozabite que d'innombrables trabendistes (trafiquants) agissent ouvertement sans jamais être inquiétés. Décrétant une grève générale, les commerçants se rassemblent alors près du siège de la willaya (préfecture) et demandent à rencontrer le wali. Refus méprisant. Le rassemblement se poursuit dans le calme jusqu'à la tombée de la nuit et reprend le lendemain. «Mais là les forces de l'ordre se déchaînent, brûlent les mobylettes des commerçants, cassent les vitres des voitures, frappent les gens et arrêtent une cinquantaine de personnes, commerçants, militants de la Laddh (Ligue de défense des droits de l'homme, ndlr) et du FFS (parti d'opposition historique)», raconte un habitant joint par téléphone. Des mandats d'arrêt sont lancés contre cinq membres du bureau de la Laddh et les responsables de la fédération du FFS, tandis que quatre militants de la ligue sont arrêtés. Excédés, les manifestants s'en prennent à la poste et à la société des eaux. Le face-à-face va durer jusqu'à vendredi soir, après que le wali a refusé la libération des personnes arrêtées. «La police était de plus en plus agressive, usant de lacrymogènes, matraquant systématiquement et allant jusqu'à déshabiller des jeunes devant tout le monde», témoigne un commerçant.

Comment expliquer cette attitude des autorités des mois après les affrontements intercommunautaires ayant opposé Mozabites et Chaâmbas et dans une ville où les tensions ne manquent pas ? L'utilisation d'un terrain communal a ainsi créé des frictions entre groupes de jeunes. Mais, surtout, une forte tension régnait à Ghardaïa depuis les inondations d'avril, les habitants ayant demandé ­ en vain ­ que la ville soit déclarée zone sinistrée. Alors que les aides gouvernementales arrivaient très lentement, des camions d'aides privées, venus notamment de Bejaia, étaient repoussés par le wali.

Ilot autonome. «Aujourd'hui, on se demande si on n'encourage pas le pourrissement et si on ne veut pas relancer les tensions intercommunautaires, dans la mesure où tous les détenus sont des Mozabites alors que tous les commerçants grévistes ne l'étaient pas», remarque un homme d'affaires local. Comme si les autorités, qui ont réussi à éteindre presque toute vie politique, voulaient mettre au pas une communauté qui dérange car elle constitue un îlot autonome d'organisation. Et casser un mouvement associatif fort dans le Mzab. Dix autres inculpés devraient encore être jugés.

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