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Pourquoi les manuels scolaires oublient-ils les Berbères ?
El País, 2 juin 2004 - traduction française : Courrier International, 10 juin 2004

Des intellectuels amazighs accusent les autorités marocaines d'avoir "falsifié l'Histoire" pour faire la part belle aux Arabes. Un signe parmi d'autres de la montée des revendications berbères.

La bataille d'Anoual, en 1921, au cours de laquelle 3 000 Rifains mal armés battirent, sous les ordres d'Abdelkarim el-Khattabi [connu en France sous le nom d'Abd el-Krim], les 20 000 soldats espagnols commandés par le général Silvestre, est l'un des faits marquants de l'histoire du Maroc. Pourtant, ni cet épisode ni la révolte de la tribu des Ait Baamran contre les Espagnols, en 1957, ne figurent dans les manuels d'histoire des enfants marocains.

Excédés par ces oublis, 138 intellectuels berbères marocains et un certain nombre d'associations culturelles ont porté plainte devant le tribunal administratif de Rabat contre le ministre de l'Education, le socialiste Habib el-Malki, pour "falsification de l'Histoire et discrimination".

Leur but est moins de faire condamner le ministre (ce qui est improbable) que d'exercer une pression "pour que la vérité soit rétablie dans les manuels scolaires", explique Ilyas el-Omari, un homme d'affaires d'Al Hoceima qui a signé la plainte.

"Nous voulons que les manuels utilisés par les enfants de l'école primaire - où l'histoire marocaine est exclusivement arabe - soient retirés et que l'histoire berbère soit prise en compte dans les nouveaux livres", précise Ahmed Arehmouch, l'avocat à l'origine de cette action en justice, qui dirige l'association Réseau amazigh pour la citoyenneté.

Les Berbères ou Amazighs sont la population d'origine du Maroc, où ils vivaient, il y a quatorze siècles, avant l'arrivée des Arabes et l'islamisation du pays. Bien que présents sur tout le territoire, ils se concentrent surtout dans le Rif, le Haut Atlas, le Moyen Atlas, et l'Anti-Atlas. Chaque région possède son propre dialecte, mais les linguistes travaillent à une unification de la langue.

Le couronnement du roi Mohammed VI, il y a presque cinq ans, s'est traduit par certaines améliorations pour les Berbères, comme la création, en juillet 2001, de l'Institut royal pour la culture amazighe (berbère), dont certains membres ont d'ailleurs signé la plainte contre le ministre de l'Education.

Le ministère de l'Education a commencé à mettre en pratique en septembre dernier une recommandation faite par l'UNESCO il y a vingt ans, en dispensant des cours de langue berbère dans 317 écoles, soit 5 % des centres scolaires du royaume. Il faudra attendre 2013 pour que cet enseignement soit dispensé dans toutes les écoles du pays.

Les militants estiment qu'il reste encore de nombreuses revendications à satisfaire, les plus urgentes étant de donner aux Amazighs la possibilité de s'exprimer dans leur langue devant les tribunaux - ou, du moins, d'avoir droit à un interprète - et de pouvoir utiliser des documents écrits en berbère pour effectuer les démarches administratives.

Ignacio Cembrero