|
Trois
questions à... Bernard Poignant Vous êtes député européen PS et en juillet 1998, vous avez rendu à Lionel Jospin, alors premier ministre, un rapport préconisant la reconnaissance des langues régionales en France. Que pensez-vous des orientations du gouvernement actuel, qui confie ce dossier au ministère de la culture ? Il ne suffit pas de changer de ministère pour avoir une politique. Aujourd'hui, une seule restriction existe à la liberté de parler et d'écrire dans la langue que l'on veut : le caractère officiel de la seule langue française dans la relation avec les pouvoirs publics. Cette situation fait du ministère de l'éducation nationale l'interlocuteur décisif. C'est en son sein et par les classes bilingues que nos langues régionales peuvent être enseignées sur la base du volontariat des familles. Le ministère de la culture peut être un appoint utile. Il ne sera pas le levier nécessaire. Êtes-vous optimiste ou pessimiste sur l'avenir des langues régionales en France ? Le nombre de locuteurs de nos langues régionales diminue chaque année. Pour certaines, notamment le breton, il y a une volonté militante farouche. Mais le rouleau compresseur des langues internationales, de l'anglais en premier lieu, est considérable. A terme notre jeunesse parlera deux langues. Quelle sera la troisième ? Une langue officielle d'un autre pays ? Une langue régionale ? Nous entrons dans la décennie décisive. Il y a toutes les raisons d'être pessimiste, mais le pire n'est jamais sûr. Compte tenu de la décision du Conseil constitutionnel, qui a jugé, en 1999, la charte européenne des langues régionales ou minoritaires contraire à la Constitution, voulez-vous une révision constitutionnelle ? On ne trouvera pas de majorité pour modifier l'article 2 de la Constitution, qui souligne que "la langue de la République est le français". Il faut espérer cependant, qu'un jour, le Congrès acceptera d'introduire dans la Constitution une autre disposition qui permettrait cette ratification. En effet, la langue française est bien installée ; la République n'est pas menacée ; l'unité nationale n'est pas remise en cause. La France a des dizaines de langues parlées sur son territoire. Elle s'honorerait en leur trouvant enfin une forme de reconnaissance sans renoncer à elle-même. Le Parlement européen encourage chaque Etat à les soutenir au nom de la devise "unité dans la diversité" reprise dans le projet de Constitution. Propos recueillis par Jean-Louis Andreani |