Plusieurs initiatives pour le développement du basque
LE MONDE | 03.10.03

Bayonne, de notre correspondant

Longtemps confinée au milieu rural, la langue basque (l'euskara) n'a pas vraiment pénétré les zones urbaines. Aujourd'hui, elle se porte même plutôt mal, en grande partie faute de transmission au sein des familles.

A partir des années 1960, des parents ont successivement monté des écoles associatives favorisant un enseignement par immersion (les ikastolak, fédérées dans Sea-ska), puis une filière bilingue publique (Ikas bi), tout en accompagnant les efforts de l'enseignement catholique. Plusieurs conventions entre Seaska et l'Etat prévoyant la prise en charge des enseignants ont été ratifiées.

Mais, dans un milieu majoritairement francophone, ces actions ne peuvent suffire tant la possibilité de s'exprimer en basque est limitée par le faible nombre de bascophones actifs. La France n'ayant toujours pas signé la charte européenne des langues minoritaires, les acteurs locaux poursuivent leurs initiatives au jour le jour avec des financements aléatoires, tandis que, à dose homéopathique, le basque se fait une place dans la vie courante, sur les panneaux routiers, les chèques bancaires ou dans les programmes de l'audiovisuel public.

Après la création, en 1990, d'un institut culturel basque cofinancé sur fonds publics, un nouveau pas a été franchi avec la convention spécifique Pays basque, qui a complété, en décembre 2000, le contrat de plan Etat-région 2000-2006 : son volet linguistique prévoyait un conseil de la langue, il est en place depuis le 3 juillet 2001.

"ARRÊTER LE DÉCLIN"

Le sous-préfet de Bayonne a proposé de "travailler à l'élaboration concertée d'un plan stratégique", nouvel outil au service de la langue basque. Selon Erramun Bachoc, ancien président du conseil de la langue, "l'objectif est désormais de définir un programme réaliste susceptible, d'ici dix ans, d'arrêter le déclin de l'euskara, car des décennies de militantisme culturel n'ont pas réussi à enrayer, ici, la baisse de notre langue".

Il en va en effet tout autrement au sud des Pyrénées, où l'euskara, langue co-officielle avec le castillan, vit une renaissance bien palpable dans les rues. Ainsi, le gouvernement autonome basque a-t-il, en juillet 2002, déclaré d'utilité publique la coordination pour l'enseignement du basque aux adultes (AEK). Née en 1966, cette association a une branche à Bayonne qui, dans le droit-fil de la convention spécifique, a signé cet été un accord-cadre annuel avec l'Etat, la région Aquitaine et le conseil général des Pyrénées-Atlantiques. Ce texte pérennise sa pédagogie, son financement et ses finalités. "C'est une première et véritable reconnaissance d'AEK", se félicite l'un de ses responsables, Jakes Bortairu. Ainsi, chaque adulte aura ses quatre-vingt-dix heures initiales d'apprentissage du basque gratuites, car prises en charge par des fonds publics.

Dans le même esprit, une vingtaine de communes se sont engagées à introduire l'euskara à côté du français dans la rédaction en toute légalité de certains documents officiels, tels les actes de décès ou les certificats de mariage.

Saisissant la balle au bond, le conseil des élus du Pays basque se réclame des possibilités d'expérimentation avancées par Jean-Pierre Raffarin pour aller vers la reconnaissance de l'euskara. Cette instance consultative, née en 1995, est aujourd'hui présidée par le député européen (PPE-UMP) Alain Lamassoure. L'ancien ministre a proposé de mener une expérience pilote au Pays basque, car "la langue basque doit être officiellement reconnue par la France".

Michel Garicoïx
ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 04.10.03