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Mohammed
Khaïr-Eddine Mohammed
Mazouz
Parimazigh n°1
Il
disait : «Je désire trouver une phrase qui résume
tout.» En deux mots on dira Khaïr-Eddine. Écrivain
de refus, il l'a maintes fois prouvé dans ses écrits romans-poèmes.
De Agadir, en passant par Corps négatif suivi de
histoire d'un Bon Dieu, Soleil Arachide, Moi l'aigre,
Le Déterreur, Ce Maroc !, Une odeur de mantèque,
Une vie, un rêve, un peuple, toujours errants, la Résurrection
des fleurs sauvages, Légende et vie d'Agoun'chich et
enfin Mémorial, le même cri résonne à
chaque fois, un cri qui résume le 'tout' «la beauté
qu'il chantait, la révolte qui l'habitait et 1'insoumission dont
il rêvait de vêtir ses frères en désespoir.»
(revue Tifinagh n°9)
Sudique
Ce
Maroc l'obsédait, surtout pendant les années d'exil en France.
Sa patrie, celle qui lui a tenu compagnie, était surtout la poésie,
territoire qu'il arpentait sans se soucier des bienséances de la
vie sociale. (In Le Monde des livres du 1er décembre
1995)
«Dans Agadir, disait-il, je remet tout en question :
la politique, la famille, les ancêtres. Je crois qu'il faut faire
tomber les vieilles statuts, tout changer par l'éducation du peuple
(...) Je n'hésite pas à faire le procès de mon propre
sang car il n'arrive pas à se dépêtrer de lui-même,
à se transformer» (Ce Maroc !, op.cit. p.81) N'écrit-il
pas dans Une vie, un rêve, un peuple, toujours errants :
«Je renierai les Berbères qui auront pour du fric ou des
espoirs inutiles trahi la fonction de ce monde.» Dans Moi
l'Aigre, il rajoute : «Mais quelle est la goute de sperme
qui a fait de moi un Berbère... [mais] les Berbères se sentent
très proches des fous et des génies, ils ont la vérité
fixée sur le front et ils corrigent la vie selon leur goût.»
(p. 35)
Son
sang est sa blessure, ce n'est pas sans raison que je m'exile ici.
D'abord je voudrais faire un chemin à suivre. Et en même
temps attirer l'attention du voleur et du volé, de crocodile et
de la victime, des nouveaux sorciers de l'Afrique et des hypnotisés...
(revue Souffle n°1, premier trimestre 1966, p. 7)
ma plaie
Son
exil, il en parle à travers son vécu et à travers
le quotidien. Agoun'chich est parti «... ce qui importe,
ce qui prime tout le reste y compris ton existence et la mienne, c'est
d'abord qu'on passe ici où là, de temps en temps, avec soi-même
et avec les autres (...) cette harmonie fugitive qui vous condamne à
vivre ou à périr (...) Cependant je marche ? je vais,
je cours, je cherche sans relâche quelque chose qui me fasse désirer
la vie» Agoun'chich (p. 68)
«Et j'erre mais cela ne s'écrit
pas ! j'étais là fusillable, Suis-je orphelin
Cette
obsession du sud, qui est à l'oeuvre dans ses textes, procède
à la fois d'un vécu au contact du terroir et d'un travail
sur le langage. «Quand vous débarquez dans un pays que
vous n'avez jamais vu ou que vous avez déserté depuis longtemps,
ce qui vous frappe avant tout, c'est la langue que parlent les gens du
cru». (Agoun'chich, p. 9) «Le Berbère oublia
son écriture et une grande partie de son vocabulaire, car le premier
soin du colonisateur fut à, tous les coups de le dépersonnaliser,
le déposséder de ses racines, autrement dit, il tenta toujours
de transformer radicalement le Berbère en un homme d'une race qu'il
n'était pas, comme si l'on pouvait changer un pygargue en serpent
de mer.» (Agoun'chich, p. 129)
L'errance
s'inscrit dans un projet de réactivation d'un bonheur lié
à un espace, dont les signes authentiques ont été
effacés sous l'influence de diverses invasions. Le rôle de
cette errance sert à dénoncer (la modernité sauvage),
les changements que l'évolution mouvementée de l'histoire
a fait subir à cet espace si singulier par sa nature et sa culture
qui est le sud. (A. Tenkoul, Littérature marocaine d'écriture
française, Casablanca, Éd Afrique Orient, 1985.)
L'Agoun'chich,
ses sentiments restent partagés. Il se débattait avec lui-même
entre deux rives... Il a vécu loin des projecteurs, «sa mort»
- (pardon ! la mort c'est l'oubli) - va déterrer
ce déterreur pour être lu et relu.
BIBLIOGRAPHIE
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