D’OÙ VIENT LE VENT ?HAMADI On
raconte que, dans les temps anciens, les hommes voulant déclarer
leur flamme attiraient à eux une buse, de celles qui ont vécu
maints voyages au-delà des sept mers. Chaque amoureux chargeait
alors l’oiseau d’emporter avec lui une offrande pour sa bien-aimée.
Le plus généreux d’entre tous faisait présent de
dix-sept années de sa vie. La buse s’envolait alors dans les airs.
Parvenue à destination, elle se perchait sur la plus haute branche
d’un figuier et déversait mille et une chansons aux amoureux de
cette Terre. Seule l’aimée dont le cœur était ouvert au
moindre frémissement de l’indicible comprenait le message. Dans le temps d’avant le temps, en ces terres lointaines du Sud, vivaient des hommes aussi bleus qu’était bleu leur regard. Lune après lune, saison après saison, année après année, ils parcouraient les terres désertiques qui s’étendaient à perte de vue entre les hautes eaux et les eaux calmes, entre le rêve des hommes et leur lassitude. Cette
année-là, dans son entêtement, la sécheresse
se montra plus acharnée encore à troubler le repos des hommes
et le sommeil des bêtes. II n’y avait plus d’eau ni d’ombrages où
goûter le temps qui s’égrène. Aboli le plaisir des
sens qui rythmait le cours des jours au lent diapason du balancement des
femmes épuisées par les longues distances parcourues à
la quête de l’eau. Étouffés ces rires en cascades
qui réjouissaient la tribu et ses morts mêmes... Le sage d’entre les sages – qui était aussi le plus vieux d’entre les vieux – était assis à l’écart. Lorsque tous furent partis, qui à son labeur, qui à son plaisir, le vieillard accueillit le jeune homme sous un figuier centenaire. Assis en tailleur, ses yeux se perdaient au loin sur l’horizon embrumé en cette heure tardive. Son regard ne croisa jamais celui de Latif, et c’est d’un geste presque tendre qu’il l’invita à s’asseoir. " Mon
fils, que penses-tu de la décision du Conseil ? Le
vieillard se coucha aussitôt sur le flanc, à même le
sol, et, les yeux fermés, sembla déjà dormir profondément. (...) |