Ahmed Haddachi, Memmi s n ifesti d awal (enfant du silence est la parole), roman, Imp. Walili, Marrakech, 2002.

Fragments [transcription adaptée à celle de mondeberbere.com]

 

Kkigh d abrid, s wass, ar sawalegh ger i d ighef nna ghalegh is t ligh, mi ghalegh is iga winw. Ctygh d Iselli ur itteffeghen adghar, Ctygh d Asklu settemran izûran n s g wacal, g dinna g ghif s yaru ad yili. Ctygh d Aghyul ur igin, ghur w afgan, ghas aghyul. Ctygh d Agdîd ittayellan yughul d ar adghar nna g ilula. Ctygh d Anzâr ikkatn ghif yan wansa izry ywn ad iqqar. Ctygh d Tifighra issuwudn ghas s imi ns. Ctygh d Acal ittarwn ar ittetta… arraw ns. Ctygh d Insi ibubban isennan… n wayenna iga d wayenna ur igi. Ctygh d cigan n isekkinen, ktygh ed festegh ar sseflidegh. Ar sawalen ar tturugh g ifesti.

De jour, j’ai pris le chemin, je parlais, seul, avec ma tête, celle que je crois posséder, celle que je crois être la mienne. Je me suis rappelé la Pierre, qui ne quitte pas sa place, je me suis rappelé l’Arbre dont les racines sont enracinées dans la terre, là où il lui est écrit d’être. Je me suis rappelé l’Âne qui n’est, pour l’Homme, qu’un âne. Je me suis rappelé l’Oiseau qui vole et revient là où il est né. Je me suis rappelé la Pluie qui arrose un lieu et laisse un autre sec. Je me suis rappelé la Vipère qui fait peur rien qu’avec sa bouche. Je me suis rappelé la Terre qui met au monde et mange ses… enfants. Je me suis rappelé le Hérisson aux épines tendues… pour ce qu’il a fait et ce qu’il n’a pas fait. Je me suis rappelé tant de choses, je me suis rappelé que je me taisais et j’écoutais. Ils parlaient et j’écrivais en silence.

Yuf mr nnegzin wussan ! Yagh wafa ghif waman !

Aseklu

Mc yagh wafa is yufa mayd itteca. Afa ! Wayêd wawal ayennagh. Amuttel s winna t issighn d winna yas d izedmn ma g ittagh, ma wenna iran ad iregh inmili.

Iselli

S g mayd d iffegh waryaz aman ayd ur djin agh rêwint tirim. Ayenna ghif ikka iswt as axnif. Igheza acal, ibby isekwla, illes aman, irzêa wamàiwrd awd iselliwn.

Aseklu

Ibby uzzal awd ceyy daccen ay isekwla d iselliwn. Maca mayd nera ad as neg, ca ur as t nessugir. Nekkwni, isekwla d iselliwn, ayd akkw aghent

Acal

Ghas adjat t ard t i tawy.

[…]

Ah que le temps s’arrêtait ! L’eau a pris feu !

L’Arbre

Si le feu a pris trouvera-t-il quoi consumer ? Le feu ! Cela en est une autre. Malédiction à ceux qui l’ont allumé et à ceux qui l’alimenteront pour l’attiser, quant à celui qui voudrait s’y chauffer qu’il s’en approche.

La Pierre

Depuis que l’homme est sorti de son eau nous ne sommes plus tranquilles ! Tout ce qu’il touche s’abîme. Il a creusé la terre, coupé les arbres, pollué l’eau, ce traître a même cassé les pierres.

L’Arbre

Il a même coupé le fer et tu parles toi des arbres et des pierres. Mais que peut-on lui faire, on n’y peut rien. Ce sont nous, les arbres et les pierres, qui en souffrons le plus.

La Terre

Laissez-le jusqu’à ce que son tour arrive.

[…]