Germaine Tillionfrançais | English
Germaine Tillion, pionnière de l'ethnologienouvelobs.com, 19.04.2008 Voici un portrait de l'ethnologue Germaine Tillion, décédée samedi 19 avril 2008 à Saint-Mandé (France). Grande résistante, intellectuelle indépendante, cette femme inclassable, aux engagements radicaux, a été une pionnière de l'ethnologie dans les années 30. En 1934, l'apprentie-ethnographe part enquêter sur le terrain dans le massif montagneux des Aurès (sud-est algérien), se déplaçant à cheval, accompagnée d'un mulet portant son matériel. Pour mener ses observations sur la population berbère chaouie, elle campe seule dans les douars les plus pauvres, à 70 km de la première route. Elle effectuera quatre missions jusqu'en 1940. Ses cahiers de notes et manuscrits de thèse, emportés à Ravensbrück après son arrestation en 1942, seront perdus au camp. L'ethnologue publiera néanmoins en 1966 "Le Harem et les cousins", son livre majeur, un essai sur le mariage endogame des femmes au Maghreb, considéré comme pionnier. Plus tard, elle rassemblera ses souvenirs dans un livre à la fois drôle et savant, "Il était une fois l'ethnographie" (2000). Dénoncée, elle est arrêtée en 1942, détenue à Fresnes, puis déportée à Ravensbrück où sa mère Emilie, qui la rejoindra, ne survivra pas. Ce violent chagrin, Germaine Tillion le portera toute sa vie. Au camp, elle reste ethnographe, s'employant à disséquer "l'incroyable société" où elle est plongée. Auteur en 1946 d'un des premiers témoignages sur la condition de déportée ("A la recherche de la vérité"), l'ethnologue l'avait actualisé en 1973 puis 1988 sous le titre "Ravensbrück", soulignant notamment les finalités économiques du phénomène concentrationnaire. Avec Geneviève De Gaulle et Anise Postel-Vinay, elle se fait "l'animatrice d'une sorte d'opération survie", réussissant à écrire, cachée dans une caisse, une opérette cocasse sur l'enfer des prisonnières, pour distraire ses compagnes. "Le Verfügbar aux enfers" sera publié en 2005 et créé en juin 2007 au Théâtre du Châtelet à Paris. Elle crée les Centres sociaux pour les ruraux musulmans déplacés dont elle dénonce la "clochardisation" ("L'Algérie en 1957"), analyse les dysfonctionnements de la société coloniale ("Les ennemis complémentaires"), enquête sur la torture et les lieux de détention. En 1957, en pleine bataille d'Alger, elle réussit à obtenir pour quelques semaines l'arrêt des attentats, après une rencontre secrète avec le chef militaire de la région d'Alger Yacef Saadi. A la fin de sa vie, cette petite femme ronde, au regard aigu et au franc-parler, reçoit de très nombreux hommages. Jean Lacouture lui consacre une biographie ("Le Témoignage est un combat"). Une école de Saint-Mandé (Val-de-Marne) où elle résidait porte son nom et celui de sa mère. Elle était une des rares femmes à porter la Grand'Croix de la Légion d'honneur. Germaine Tillion - Wikipedia français | English
Even after the war, Germain Tillion remained what the French called an "intellectuel engage" (an activist intellectual), mediating between De Gaulle and the FLN during the independence war in Algeria, saving lives in the process while denouncing the systematic torture of what she called the “bloody monkeys” of the OAS (the fascist terrorist group operating largely to derail Algerian independence). Germaine Tillion was one of the most decorated French women. Lemonde.fr, April 19th, 2008. Translated from French by the The Global Sociology Blog. |