| Le matin du Sahara et du Maghreb du 10 novembre 1999 - N° 10.520 |
Fatima Boubekdi vient de terminer la réalisation d’un long métrage, "Kabran Hmad" en dialecte berbère, qui sera présenté dans quelques semaines au grand public. La réalisatrice, qui a suivi des stages de formation dans la domaine de la mise en scène théâtrale, a travaillé comme assistante de réalisation aux côtés de Farida Bourquia.
Son expérience de script dans les films de Hassan Benjelloun, Jamal Belmajdoub, Driss Chouika, Mohamed Ismaïl... lui a permis de mieux maîtriser les techniques de la réalisation cinématographique.
L’originalité de "Kabran Hmad", une comédie sociale écrite par Brahim Boubekdi et produite par Warda Vision, est que l’histoire interprétée par des acteurs professionnels qui maîtrisent le parler "tachelhit" et qui ont acquis une expérience dans le domaine de l’interprétation tel Omar Sayed, Touria Alaoui, Saâdia Ladib... Les comédiens qui font la "tête d’affiche" dans les films berbères sont souvent formés au théâtre et d’autres ont cultivé leur don naturel de la comédie dans les halqa, comme le fameux Da Hmad, révélé à soixante ans dans "Boutfonaste".
Au centre de la fiction de Boubekdi, on trouve un personnage rusé et débrouillard assez convaincant pour échapper à la caricature qui a beaucoup marqué certains films de ce genre. La cinéaste a essayé ainsi de pallier à quelques défaillances, incontournables dans tout début, à savoir l’absence du rythme et de la maîtrise des outils d’expression cinématographiques, la théâtralisation des histoires et l’improvisation, qui font apparaître ces réalisations comme un genre de cinéma "primitif".
En faisant, la réalisatrice a opté pour le comique, très prisé par le public de ces films, en veillant à l’authenticité qui constitue le point fort de ces fictions, et sans copier sur les thèmes sociaux du cinéma égyptien ou indien.
Tiznit, Taroudant et Casablanca en plus de quelques villes du Rif et auprès des Marocains résidants à l’étranger. Réservés à l’usage privé, ces films sont projetés dans des cafés qui organisent des séances de projections pour le grand public.
Un public avide d’une culture locale riche mais malheureusement méprisé, par insouciance ou par négligence.
La trentaine de films qui ont vu le jour en dix ans, a essayé, avec maladresse parfois, de valoriser une composante essentielle du patrimoine culturel marocain, en mettant en scène le quotidien d’une part de notre société. Amour, tribu, exil, conflits familiaux, exode rurale, immigration, rapports passionnels, us et coutumes..., autant de thèmes sociaux sensibles qui sont traités avec beaucoup d’humour.
Le cinéma est devenu pour le consommateur profane, par déviation, synonyme de comédie et d’amusement.
Le grand public ne demande qu’à voir des choses amusantes, dans sa langue, sur un petit écran qui a opté pour un langage méconnaissable. Les maisons de production parviennent, malgré le problème du piratage à vendre plusieurs milliers de copies.
Ce qui représente un chiffre important vu le caractère réduit du marché de la vidéo et la concurrence des films étrangers. Mais, le gain rapide ne doit pas faire oublier aux responsables des sociétés de distribution la fonction artistique de ces films qui expriment une identité. Ce public acquis doit être éduqué au langage des images, en lui évitant la banalité et la simplicité dans le traitement de sujets qui le concernent.
Les titres se sont multipliés : Tiguiguilt (l’orpheline), Assgasse ambarki (heureuse année), Ghassad Dunit, Azka Likhert (aujourd’hui la vie, demain l’au-delà), Imzouag (en trois partie), Tagodi (le chagrin), Tassaste (Le problème), Tihya (biographie de Tabaamrante) seul film sous-titré en français, Tislit Ijlane (en deux épisodes), Tiyiti n’ wadane, Moker...
La recherche de nouveaux talents est le seul facteur qui pourrait donner un nouveau souffle à cette production . Des professionnels doivent s’investir dans ce travail de valorisation et de reconnaissance d’une culture, parce qu’on est encore loin de des œuvres cinématographiques réalisées par les cinéastes algériens comme "La Colline Oubliée" (1997) mis en scène par Abderrahmane Bouguermouh, tiré du roman homonyme de feu Mouloud Mammeri et "La montagne de Baya" (1997) de A. Meddour, présenté au dernier festival de Tétouan.
Ces oeuvres sont susceptibles de faire sortir la langue berbère d’un folklore négatif et réducteur.
Dans son discours du 20 août 1994, feu S.M. le Roi Hassan II affirmait que cette "composante de notre authenticité et de notre histoire" doit être promu. Il s’agit, en fait, d’un travail de réhabilitation d’une culture.