MOHAMED CHAFIK

Mohamed Chafik est né le 17 septembre 1926 à Ayt Sadden, dans la région de Fès. Ancien élève du Collège Azrou, M. Chafik est l’un des rares diplômés de ce collège à avoir opté pour une carrière civile. Après avoir décroché une licence en histoire et un diplôme en inspection pédagogique, il a occupé, à la veille de l’Indépendance, le poste d’inspecteur de l’enseignement primaire dans différentes villes du Maroc avant d’être nommé inspecteur régional en 1959, puis inspecteur général de l’enseignement primaire en 1963. En 1967, il a été promu inspecteur principal d’histoire et de géographie avant d’être nommé, en 1970, sous-secrétaire d’État à l’enseignement secondaire, technique et supérieur, et à la formation des cadres, poste qu’il conserva au sein du gouvernement constitué en août 1971. M. Chafik a occupé du 13 avril au 19 novembre de la même année, les fonctions de secrétaire d’État auprès du premier ministre, puis chargé de mission au cabinet royal et directeur du collège royal. Membre de l’Académie du royaume du Maroc, M. Chafik a enseigné l’arabe, le français, l’histoire, la pédagogie et la psychologie pédagogique, contribuant ainsi à la formation de plusieurs générations d’enseignants et d’inspecteurs. Il est actuellement recteur de l’Institut royal pour la culture amazighe, nouvellement créé à Rabat.

Mohamed Chafik s’est démarqué par une prise de conscience précoce de l’identité plurielle du Maroc. Son combat pour une reconnaissance de la pluralité au Maroc se caractérise par la variété des voies empruntées. Il avait entamé au début des années soixante une série d’articles sur les significations profondes de la culture amazighe et son apport à la lutte pour l’indépendance nationale (De notre patrimoine inconnu, Une taxonomie des chansons et danses amazighes, Afaq, n°5, 1967, et De notre patrimoine inconnu, Poème de l’enthousiasme national , Afaq, n°6, 1967). Se rendant compte de l’insignifiance de son propos au milieu d’un enthousiasme arabiste envahissant, il s’est converti, peut-être pour atténuer l’ampleur de cette tendance intransigeante, à l’éloge d’un Islam pluriel et tolérant et ceci tout au long de la première moitié de la décennie soixante-dix (Pensées sous-développées, 1972, et Ce que dit le muezzin, 1974). Cependant, le discours dominant ne peut reconnaître de l’Islam que sa dimension ethnique arabe. Étant une religion des Arabes, l’Islam avait permis l’arabisation des autres " races englobées ". Devant cet entêtement aveugle, les Amazighs, aidés par le développement du discours universel sur les Droits Humains et la diversité culturelle, commencent à prendre conscience que la revendication identitaire fait partie de ces droits. Dans ce contexte, Mohamed Chafik investit le champ de l’histoire et de la langue. Il a mis à la disposition de jeunes Amazighs, contre l’orphelinat historique, un abrégé d’histoire générale amazighe. Aperçu sur trente-trois siècles d’histoire des Berbères publié en 1989 avait l’ambition d’écrire une histoire libérée du " gouffre " des historiographes étrangers. Il invite les jeunes Amazighs à goutter, pour reprendre cette formule du Haut-Atlas rapportée par J . Berque, à l’arbre de la parole. M. Chafik ne tarda pas à doter la bibliothèque amazighe d’un premier tome du Dictionnaire arabo-berbère en 1990 et peu après, en 1991 de Quarante-quatre leçons de berbère. Avec un groupe d’intellectuels, il fonde la revue culturelle Tifawt.

Parmi ses dernières actions et dans le contexte dit de "la transition démocratique", il soumet aux principaux acteurs de la revendication amazighe le Manifeste amazighe pour impulser un niveau souffle à cette revendication et la doter d’un nouveau texte collectif après celui de la charte adoptée à Agadir en 1991.

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Quelques publications

  • Ce que dit le muezzin, Éditions Connaître Islam, Casablanca, 1974.
  • Aperçu sur trente-trois siècles d’histoire des Berbères, Rabat, 1989 (en arabe).
  • Quarante-quatre leçons de berbère, Rabat, 1991 (en arabe).
  • Dictionnaire arabo-berbère en trois volumes publié par l’Académie du Royaume du Maroc