L’INTERPRÉTATION GÉNÉALOGIQUE DE L’HISTOIRE NORD-AFRICAINE POURRAIT-ELLE ÊTRE DÉPASSÉE ?

Ali Sadki Azayku

Étude publiée dans Hespéris-Tamuda, vol. XXV – fascicule unique, 1987

Dans le domaine de la recherche historique, tous les problèmes ne sont pas résolus ; en tout cas, ils ne le sont pas et ne peuvent pas l’être définitivement. D’une part, parce que la connaissance historique est, par définition relative, et parce que l’impact du présent sur l’élaboration de l’écriture historique est considérable, d’autre part.

Chaque écrit historique ne saurait, par conséquent, être qu’une relecture d’un passé insaisissable dans sa totalité, faite sous la pression, l’impulsion ou la volonté idéologique. Cela ne veut pas dire, bien entendu, que toutes les études historiques sont dépourvues de tout souci d’objectivité. Il en est qui sont, non seulement, des contributions appréciables à la découverte du passé humain, mais aussi des instruments qui permettent de montrer comment les hommes intègrent leur passé pluriel à leur présent toujours en devenir.

Dans le présent article, nous avons essayé d’attirer l’attention des chercheurs sur la possibilité d’une nouvelle réflexion sur l’histoire du Maroc, voire de l’Afrique du Nord. En effet, l’explication généalogique, à notre avis, doit cesser d’être considérée comme la base unique et indiscutable de toute l’histoire nord-africaine. Nos hypothèses sur ce sujet n’ont pour ambition que de susciter une discussion fructueuse entre les chercheurs, et de les inciter à se mettre en quête d’autres moyens documentaires pour enrichir nos connaissances sur un passé dont la dynamique profonde nous échappe encore.

Un tournant historique

La conquête musulmane, malgré les premières difficultés dues essentiellement « aux erreurs politiques de la soldatesque de la conquête » (1) constitue, pour l’Afrique du Nord, le prélude à un tournant historique sans précédent. Ce tournant historique n’engage pas uniquement l’avenir des Imazighen, mais il condamne aussi leur passé à l’effacement quasi-total. Il y aura désormais deux ères qui s’opposent et s’annulent au sein d’une même histoire sans pour autant qu’une rupture totale intervienne pour empêcher l’inéluctable continuité. C’est une histoire, pourrait-on dire, qui recrée constamment le moment de la conquête.

L’adhésion de l’Afrique du Nord à l’islam va effectivement la dévier, sur le plan religieux, tout au moins, de la voie sur laquelle elle s’était engagée sous l’occupation romaine (2). Si le christianisme n’avait séduit qu’une partie des Imazighen, malgré la durée relativement prolongée de sa présence en Afrique du Nord, l’islam, par contre n’a mis que peu de temps pour obtenir l’adhésion de la grande majorité des habitants.

Il deviendra, par la suite, la religion des masses les plus larges, et aussi le support idéologique de toutes les activités politiques. Désormais, c’est lui qui déterminera l’attitude de ses adeptes vis-à-vis de l’autre. Il consacrera définitivement le caractère conflictuel des rapports entre les deux rives de la Méditerranée : la musulmane et la chrétienne. Ce dualisme constituera le facteur déterminant de toute l’histoire extérieure nord-africaine jusqu’au XXe siècle. Par ailleurs, l’adhésion à l’islam entraînera, bien entendu, des changements divers, affectant les domaines les plus variés de la vie des Imazighen. C’est ainsi, par exemple, que de tous les noms de groupes qui nous sont familiers grâce aux sources gréco-latines, quelques-uns seulement subsistent encore dans les sources musulmanes (3). Maures, Autololes, Numides, Garamantes, Massyles, Masaesyles, … sont remplacés presque immédiatement par d’autres noms comme Zenata, Sanhaja, Masmuda, etc. (4) Iznaten, Iznagen et Imsmudn sont désormais les trois grands peuples auxquels appartiendrait l’ensemble des Imazighen (5). Changement d’idéologie, changement de noms ; c’est une constatation qui n’explique peut-être pas tout, mais il y a lieu de dire que ce changement impose une redéfinition de toute une histoire dont le courant profond reste, malgré tout, fidèle à lui-même. C’est ainsi que le problème des origines, par exemple, prend une place considérable dans les préoccupations des spécialistes avec bien entendu, tous les a priori idéologiques possibles (6). Mais nous pensons aussi que l’évolution interne des populations concernées serait à l’origine d’un bouleversement profond des mécanismes d’alliances, qui entraîne l’émergence d’autres patronymes tels que Imsmûden, Izênagen et Iznaten (7). Ces trois grands noms désignaient des entités sociologiques et politiques très actives. L’histoire du Maroc musulman, dans ses moments de grandeur, fut, en effet, l’œuvre des trois dynasties appartenant respectivement à ces trois entités. Parmi les Almoravides, les Almohades et les Mérinides, seuls ces derniers conservent leur nom patronymique comme intitulé de leur dynastie. Le glissement des noms de l’ethnique vers l’idéologique est ainsi manifeste. Cela sous-entend, à notre avis, qu’un dépassement de la mentalité tribale s’est déjà amorcé (8). Avec les Saâdiens au XVIe siècle, le soufisme et le chérifisme condamnent définitivement le jeu des confédérations qui assurait, auparavant, le renouveau politique (9). Géographiquement et sociologiquement, les trois grands noms, Iznaten, Imsmûden et Izênagen, ne recouvrent plus qu’une réalité fort discontinue et sans prise sur le cours des événements. Mais l’histoire nous en garde encore un souvenir très vif. Elle nous donne, surtout, l’impression que ces groupes avaient, depuis longtemps, une grande disponibilité à adhérer à l’histoire nationale et universelle, sous la bannière du modèle islamique en matière de gouvernement (10).

a - Le moule généalogique est un modèle assimilateur

Si les sources musulmanes s’ingénient à donner une explication généalogique aux origines de l’ensemble des populations marocaines (11), il y a lieu de penser que cet effort est inspiré par le schéma généalogique sémitique. Le fait qu’il ait été généralise et considère comme le seul facteur à avoir déterminé la mobilité sociale, et tout particulièrement chez les Imsmuden, sédentaires depuis fort longtemps (12) nous paraît comme étant le plus profond acte assimilateur que l’histoire des Imazighen ait jamais subi (13). C’est que l’interprétation de l’histoire, elle aussi, fait partie de l’histoire. La réalité historique telle que nous la connaissons à travers les sources et les œuvres de l’histoire n’est pas toujours celle réellement vécue par les hommes du passé. Néanmoins, l’impact de la littérature historique sur le devenir historique des hommes ne saurait être en aucun cas considéré comme négligeable. Le passé une fois « connu », sous quelle que forme que ce soit, devient partie intégrante du présent et influence plus ou moins, les modes de pensée et les réactions pratiques des individus et des sociétés. « Ces valeurs culturelles, nous les découvrons d’abord sous la catégorie de l’Autre, en les rencontrant comme ‘ayant existé’ chez les hommes du passé, au sein de civilisations ou de sociétés disparues, mais dans la mesure où nous nous montrons capables de les saisir, de les comprendre, elles reprennent vie en nous, acquièrent en quelque sorte une nouvelle réalité et une historicité seconde au sein de la pensée de l’historien et de la culture contemporaine où celui-ci les réintroduit. » (H.-I. Marrou, De la connaissance historique, p. 242)

Les répercussions de l’adaptation arbitraire d’une histoire à une autre sont fâcheuses et de portée considérable. C’est, effectivement, le sens même de cette histoire qui se trouve ainsi modifié. En effet, le procédé généalogique implique nécessairement la problématique des origines, même lointaines, des Imazighen. Cela veut dire, évidemment, que ces origines deviennent sujet de discussion dans une période de transition très mouvementée. Et c’est, par conséquent, l’occasion idéale pour la spéculation sur un passé que l’on redéfinit selon les conjonctures du présent.

Autrement dit, toutes sortes d’intérêts interviennent pour créer des situations, individuelles ou collectives, adaptées aux nouvelles conditions. La volonté assimilatrice des vainqueurs, idéologiquement confortés, et les ambitions individuelles chez les vaincus, moralement désarmés, se conjuguent pour faire des « dégâts » considérables dont l’effet deviendra permanent. C’est peut-être dans cette perspective qu’il faudrait insérer le grand débat sur l’origine orientale des Imazighen, supposés nobles ou de basse extraction, selon les cas, et sur la reconversion de leurs symboles socioculturels d’une façon générale (14).

b - L ’explication généalogique est relative

L’explication généalogique de l’histoire du Maroc, voire de l’Afrique du Nord, considérée, jusqu’à nos jours, comme étant la seule possible, n’est, semble-t-il que peu plausible. « En effet, nous ne savons pratiquement rien des liens d’origine ou d’intérêt qui devaient réunir plus étroitement certaines tribus, aucun auteur antique ne nous ayant proposé une généalogie comparable à celle qu’édifiera Ibn Khaldun dans son Histoire des Berbères. » (15). Les Imsmûden, tout particulièrement, semblent constituer depuis fort longtemps des ensembles socio-politiques, et rien ne prouve que leur unité était basée sur les seuls rapports de consanguinité (16). Cela dit, nous croyons, par contre, que les Iznaten (Zenata), et peut-être aussi une partie des Iznagen (Sanhadja), étaient organisés en fonction des liens de parente entre groupes. Les raisons de cette assertion sont les suivantes :

1) Nous avons constaté, au cours d’une autre étude, que la plupart des généalogistes célèbres des Imazighen appartenaient à l’ensemble Botr (17). Les détails généalogiques donnés par les différentes sources connues sur cet ensemble, sont plus nombreux que ceux donnés sur les autres réunis (18).

L’explication de ce fait peut être résumée comme suit : Selon Ibn Khaldun (19) les ancêtres des Iznaten et de leurs frères, qui sont tous des Botr, menaient une vie de nomades dans la partie est de l’Afrique du Nord, à l’ouest de l’Égypte. Les Iznaten, eux-mêmes, nous sont présentés comme de grands nomades chameliers (20) ou de petits nomades moutonniers (21) selon les cas. Il est donc légitime de penser que leur genre de vie et la position géographique de leur pays d’origine ont contribué à ce que les liens de parenté régissent plus ou moins leur organisation socio-politique.

Encore faut-il signaler que dans tous les cas, « chaque groupe (nomade ou sédentaire) renfermerait non des parents, mais des populations de vie identique. » (22) Toutefois, ceci ne change rien à la conception globale que chaque groupe se fait de lui-même. Chez les nomades, c’est la fiction généalogique qui l’emporte généralement. (23)

Quant au rôle de la position géographique du pays d’origine des Iznaten, il est important, dans la mesure où on admet que « les premiers siècles d’islamisation, et plus encore peut-être le contact des Hilaliens, ont dû lui donner (à la fiction de l’ancêtre) une grande vogue. Cette époque semble avoir nourri une vaste entreprise d’héraldique assimilatrice. » (24)

2) Étant donné que l’Afrique du Nord, pour des raisons aussi bien internes qu’externes, était engagée, depuis au moins le cinquième siècle av. J.-C. (25) dans ce que C. Lévi-Strauss appelle « le champ des interactions fortes » (26), sa partie orientale avait connu des bouleversements profonds (27). En effet, c’était cette partie qui fut la première à subir les conséquences des invasions carthaginoise et romaine, puis celles de la conquête arabe. Ces événements furent, sans doute, à l’origine d’un mouvement permanent de déplacement des populations de ces contrées vers l’Ouest (28). Ce sont eux qui auraient donc propagé en dehors des régions montagneuses leur mode d’organisation socio-politique (29). D’autres groupes nomades, Iguzulen (Jazula), Izênagen (Sanhaja) et Arabes bédouins en l’occurrence, auraient contribué à consolider « la conception patriarcale, constante chez les Orientaux, et que les Phéniciens avaient déjà introduite chez les Berbères. » (30)

3) Par ailleurs, si nous avons supposé auparavant que les Imazighen ont eu des préoccupations généalogiques avant l’époque musulmane (31) ; nous croyons aussi que la consignation par écrit de leurs généalogies n’a vu le jour qu’après la conquête de l’Espagne (32). En effet, l’auteur de Kitab al-Ansab (33) rapporte que le premier livre sur la généalogie des Imazighen fut écrit sous l’incitation des savants musulmans de la seconde génération (34).

Les Imazighen dont il s’agit sont, d’après le même texte, originaires de l’Ifrikiya. Nous le savons, parce qu’après leur entrevue avec ces savants, ils ont envoyé certains de leur fukaha en Ifrikiya où ils ont recueilli, chez les vieillards, des informations qui leur ont permis de rédiger un livre sur leur généalogie (35). Or, nous avons déjà signalé, plus haut, que la partie orientale de l’Afrique du Nord était occupée par l’ensemble des Iznaten et de leurs frères. On peut supposer aussi que ces derniers, étant donné qu’ils étaient les premiers à être islamisés, formaient le gros des contingents commandés par Tarik ibn Ziad. Il auraient donc constitué la majorité des premiers résidents Imazighen en Espagne (36).

4) Pour résumer nos propos, nous dirons que les populations de l’Afrique du Nord orientale, en majorité nomades, avaient une organisation socio-politique patriarcale.

Mais cela ne veut pas dire que cette organisation reposait sur des rapports de parenté « purs » ou rigides comme c’est le cas chez les bédouins isolés dans le désert (37). La raison en est que ces populations étaient depuis longtemps au cœur des grands événements qui agitaient souvent leur région (38). Avec l’arrivée des Arabes musulmans, à une époque où la généalogie était, chez eux, à l’honneur (39), les Imazighen réagirent en adoptant systématiquement le modèle généalogique sémitique comme seule institution unificatrice des différents groupes, ou encore, comme modèle d’explication d’une réalité sociale complexe, auxquelles les circonstances nouvelles avaient imposé une orientation interprétative s’adaptant à celle importée par les vainqueurs (40). Au moment de leur poussée vers l’Ouest au début de la conquête musulmane (41), les Iznaten avaient bien des atouts : leur esprit de corps, leur habilité guerrière, leur conscience politique déjà développée (42), leur comportement audacieux à l’égard des représentants locaux du pouvoir omayyade..., leur expansion a dû contribuer à y propager le modèle généalogique. Le fait qu’un grand développement de la science généalogique a eu lieu au XIVe siècle, sous la dynastie des Mérinides, qui étaient des Iznaten originaires de l’Afrique orientale, n’est probablement pas une simple coïncidence.

Cette époque est, en effet, l’époque d’bn Khaldun, l’auteur de la plus grande œuvre d’ensemble sur le passé de l’Afrique du Nord. Toute sa réflexion est basée, on le sait, sur l’interprétation généalogique et le rôle de la ‘asabia dans la dynamique historique (43).

Mais Ibn Khaldun n’aurait fait, sur ce plan-là, que pousser jusqu’à la perfection ou presque, une tradition déjà ancienne. Sur ce point, Marcel Simon souligne que c’est la tradition juive qui a développé l’idée d’une origine orientale des Imazighen, et, par conséquent, l’explication généalogique de leur histoire. Il écrit ceci : « Que les auteurs arabes comme les chrétiens soient tributaires de la tradition juive, le fait est hors de doute, la similitude même des variantes qui se retrouvent de part et d’autre est significative. Et que la légende soit d’origine juive, point n’est besoin pour l’établir, de plus ample démonstration. Il y a tout lieu de penser qu’elle s’est formée sur place. Sa genèse et son objet sont également clairs. Née à l’époque où le judaïsme se répandait en Afrique, elle doit conférer aux Berbères convertis, ou susceptibles de l’être, des quartiers de noblesse biblique, et appuyer la propagande des Juifs convertisseurs. » (op. cit., p. 18)

Les mêmes soucis, croyons-nous, étaient à l’origine du développement, à l’époque musulmane, de la spéculation sur l’origine orientale des Imazighen.

c - L’impact de la géographie est réel

En Afrique du Nord, on oublie souvent l’impact de la géographie sur l’activité humaine et l’influence des genres de vie sur la culture des hommes (44). C’est dire que la filiation biologique, sans être négligeable, bien entendu, n’est pas le seul facteur qui détermine la nomenclature sociale au sein d’un groupe humain donné. Il est évident qu’à chaque degré de développement d’une société correspond un système des critères et une échelle des valeurs. Par conséquent, nous estimons que la sédentarité et le nomadisme ne peuvent pas avoir les mêmes rapports avec l’environnement écologique et l’espace géographique. L’interférence des faits géographiques et sociaux ne saurait donc être la même dans les deux cas. Ainsi que les genres de vie différents entraînent nécessairement des modes d’organisation adéquats, le système des valeurs n’est jamais tout à fait identique dans les deux situations.

Les sources musulmanes nous présentent les Imsmûden, habitants de l’Atlas et de toute la partie Ouest du Maroc actuel (45), comme étant des paysans sédentarisés depuis de longs siècles (46). Sur ce point, Hérodote est, lui aussi, très explicite. Il y a, nous dit-il, « la Libye orientale (où) habitent les nomades, (qui) est basse et sablonneuse jusqu’au fleuve Triton, et celle à l’Occident de ce fleuve, habitée par les cultivateurs, (qui) est très montagneuse, très boisée… » (47) Or, le nom sous lequel nous connaissons ces cultivateurs à l’époque musulmane semble être très ancien.

En effet, les sources gréco-latines citent parmi les peuples anciens de ce qui est le Maroc actuel le peuple des Macanites (48) ou Macénites (49). On nous précise même l’emplacement exact de leur territoire : « Cette montagne (l’Atlas) se trouve au pays des Macénites, le long de l’océan vers l’Est… » (50) Au début de la deuxième moitié du deuxième siècle de l’ère chrétienne, ces Macénites ont constitué avec les Baquates une grande fédération qui menaçait Volubilis (51). Ces Macénites que R. Roget suppose être des Miknasa (52) seraient, à notre avis, les Maçamides (53), que les sources musulmanes situent dans les mêmes endroits, en précisant qu’ils habitaient déjà à l’époque antéislamique (54).

Si nous admettons que les Bacuatae, dont le pays est situé, d’après Ptolémée, au Nord de celui des Macénites (55), ont été les ancêtres des fameux Barghouata (56), on peut supposer que, déjà au IIe siècle, la confédération des Macénites (Masamid des auteurs musulmans) englobait toutes les populations du Haut-Atlas et des plaines situées au Sud du Bou-Regreg actuel (57). Même si d’autres informations incitent J. Desanges « à situer les Macénites non loin du cours supérieur du Bou-Regreg, sans doute à l’Est d’un axe Azrou-Khenifra, les Baquates devaient, comme le pense M. Frézouls, occuper le Nord du Moyen-Atlas. » (58) Rien n’empêche de penser que les Macénites s’étendaient vers le Sud et les Baquates vers le Sud-Ouest et occupaient en fin de compte toutes les plaines atlantiques situées au Nord de l’oued Oum-Rbiâ. (59)

En Afrique du Nord, il y eut donc deux grands genres de vie qui s’adaptaient parfaitement aux conditions géographiques et climatiques du pays. À notre avis, ces deux genres de vie malgré toutes les vicissitudes historiques déjà connues, ne s’annulaient pas, comme on l’a toujours souligné. Ils étaient complémentaires, au contraire. Étant donné que les nomades ont toujours eu tendance à devenir sédentaires, l’un des deux modes de vie s’est lentement substitué à l’autre.

Les nomades en ce sens étaient toujours, en Afrique du Nord, une sorte de réserve humaine qui assurait la continuité de l’occupation des terres fertiles, chaque fois que les calamités naturelles réduisaient le nombre des populations paysannes. Car, nous savons que les grandes incursions des populations nomades dans les pays des sédentaires n’avaient lieu qu’en temps de crise, et qu’elles n’étaient guère destructrices, sauf dans le cas des Hilaliens, qui est un cas spécifique. (60) L’interpénétration permanente de ces deux genres de vie est, à notre avis, à l’origine de la complexité décourageante de la réalité historique des populations de l’Afrique du Nord.

Cela dit, nous estimons que la recherche doit emprunter des chemins nouveaux pour cerner cette réalité historique dans toute sa complexité. La langue, entre autres, semble être l’un des meilleurs documents qui puisse aider à défricher le terrain. Car le langage, mieux que toute autre chose, reflète souvent les réactions profondes et constantes des groupes humains vis-à-vis de la nature et les répercussions de celle-ci sur leur comportement et leurs mentalités (61).

Nous sommes conscient que l’utilisation de la langue dans ce domaine pose des problèmes épineux, Surtout quand il s’agit d’une langue jusqu’a présent mal étudiée, en l’occurrence le tamazight (berbère). Néanmoins, nous estimons que cela ne doit pas empêcher de formuler des hypothèses susceptibles de suggérer des idées nouvelles et peut-être aussi de soulever des problèmes d’un genre nouveau. En effet, « à une histoire qui pose désormais au passé des questions toujours plus nouvelles, plus variées, plus ambitieuses ou plus subtiles, correspond une enquête élargie en tous sens à travers les traces de toute espèce que peut nous avoir laissées ce passé multiforme et inépuisable. » (62).

Essai d’interprétation linguistique

« C’est en écoutant le Nord-Africain parler de soi qu’on risque le mieux de restituer non seulement sa subjectivité, mais son milieu objectif. À preuve l’essentielle contribution que, de W. Marçais et E. Laoust jusqu’à Boris, l’ethnologie nord-africaine doit à la linguistique. » (63) Cela est d’autant plus vrai que l’histoire profonde de l’Afrique du Nord n’a guère d’écho dans nos sources écrites. (64) Si on écoutait parler les multitudes de « tribus » qui essaiment en Afrique du Nord, on pourrait éclaircir le problème des origines même lointaines d’un grand nombre parmi elles. (65) On nous dit toujours que les Imazighen pratiquent un grand nombre de parlers appartenant généralement à trois grands dialectes : tachelhit, tamazight et tarifit, sans pour autant nier l’existence d’une origine commune de ces trois dialectes. Plutôt que de considérer ce morcellement comme un handicap, la recherche historique devrait l’utiliser comme une source documentaire d’une grande valeur. En effet, l’étude de la langue peut nous renseigner non seulement sur le sens général des déplacements des différents groupes à travers toutes l’Afrique du Nord, mais aussi sur les genres de vie originels de l’ensemble humain auquel appartenait chacun de ces groupes (66).

Nous avons déjà signalé plus haut l’importance de l’influence de la géographie sur les genres de vie en Afrique du Nord. Nous allons essayer ici de formuler une hypothèse qui se base essentiellement sur une interprétation de la langue, ou, plus précisément, sur une nouvelle interprétation des noms patronymiques des ensembles humains les plus célèbres de l’Afrique du Nord (67). Mais auparavant nous allons faire quelques remarques générales sur les données linguistiques sur lesquelles se base notre analyse.

1) La composition est l’un des procédés les plus anciens que les Imazighen utilisent dans le domaine de l’enrichissement du lexique. (68) C’est un procède qui consiste à composer un mot nouveau en associant deux mots déjà connus. Les deux mots associés peuvent être aussi bien un nom+ un nom, avec ou sans la préposition « n » (= de) ; entre les deux noms composés, un verbe + un nom ou inversement. (69) « Le caractère pan-berbère (de la composition) est une preuve de l’ancienneté de cette procédure. » (70)

2) D’une façon générale, la voyelle initiale du deuxième nom disparaît dans le mot composé, (71) mais il y a aussi des cas où la voyelle initiale du premier mot subit le même sort. (72)

3) Les termes qui composent les noms analysés ici, sont encore utilisés chez les Imazighen, un peu partout, et avec les mêmes sens en général. (73)

Imsmûden ou les cultivateurs de l’ouest.

Nous avons déjà signalé que les sources les plus anciennes de l’histoire nous présentent les habitants de l’Afrique du Nord occidentale, en général, comme étant des agriculteurs attachés à la terre. (74) Ce fait pourrait être, à notre avis, confirmé par l’analyse du nom des Imsmûden, anciens habitants du Maroc. En effet, nous estimons que le terme « masumud » est un mot compose signifiant « celui (ou ceux) qui possède (nt), qui sème (nt) les graines. » Voici nos hypothèses :

Hypothèse A

Masmud (ou messmud, ou msmud) serait compose de ms + (a) mud. Ms (mess, mas) qui signifie : « maître (homme qui possède, qui a n’importe quoi), un homme chargé de garder des troupeaux, de cultiver un jardin, de faire un travail quelconque, est le ‘mess’ de ces troupeaux, de ce jardin, de ce travail, un homme qui a l’habitude du voyage, de la chasse…, est le ‘mess’ du voyage, de la chasse… » (75)

Amud qui signifie : semences, graines, semailles, culture, labourage et l’époque des labours. (76)

Msmud (= mes + (a) mud), signifierait donc : les gens qui possèdent, qui ont les semences, qui ont l’habitude de semer les céréales, c’est-à-dire, les paysans, les cultivateurs.

Hypothèse B

Le mot amsmud est un dérivé de amêzz amud qui est un compose forme du verbe êzz, signifiant, entre autres, planter, semer (77) (accompli : izzâ, inaccompli : zzû) et du préfixe du nom d’agent am et du nom amud « semences » ce qui donne am + êzz + amud, et après chute de la voyelle initiale du nom amud, amêzz mud, enfin, il se produit le dévoissement de zz. ss qui perd aussi sa longueur dans la séquence mssn - msm. Les processus de voisement et de dégémination sont communs dans les transpositions du tamazight vers l’arabe ou de l’arabe vers le tamazight. Nous citons à titre d’exemples :

Assâlat - tazâllit,

Assâwm - uzûm

On peut supposer que dans les mots empruntés par l’arabe à la tamazight, à une époque reculée, il se produit les processus inverses : amêzzmud-amêsmud

Le compose final ainsi obtenu serait donc amsmud : le semeur, le planteur, le cultivateur.

Hypothèse C

Le mot amêsmud est une variante de amêz amud, qui est compose de amêz + amud. Amêz (accompli yumêz, inaccompli amêz) signifie : « saisir, prendre » (78) ; amud signifie : « Semence ». Après chute de la voyelle initiale de amud et dévoissement de z, on obtient amsmud, qui en vient ainsi à signifier : « celui qui détient les semences, celui qui les empoigne. » (79)

Iznaten ou les éleveurs de moutons

En ce qui concerne les Iznaten, l’histoire nous rapporte qu’ils étaient dans leur grande majorité des nomades éleveurs d’animaux domestiques, le menu bétail en particulier (80). L’analyse de leur nom peut donner une certaine confirmation de l’image que l’histoire rapporte d’eux. Deux hypothèses peuvent être formulées à ce propos.

Hypothèse A

Iznaten au pluriel, aznat au singulier. Aznat est compose de azn : « expédier, envoyer » (81) + attn : « brebis. » (82) Iznaten signifierait donc : « ceux qui envoient leurs brebis aux pâturages, ceux dont l’activité essentielle est l’élevage nomadisant. »

Hypothèse B

Iznaten est compose de ehen (= ezen, azn) qui signifie : tentes (83) et de attn dont le sens est : être accru, (84), d’où le sens « tentes nombreuses, campements importants. » Ce qui impliquerait que les Iznaten sont des éleveurs nomadisants.

Izênagen ou les chameliers du Désert

« La partie du Désert occupée par les Sanhaja s’étendait à une distance de six mois de marche. » (85) L’épopée des Almoravides montre qu’ils étaient de vrais nomades habitués à vivre dans de grands espaces arides.

Leur nom semble découler non d’une ascendance généalogique quelconque, mais du caractère dominant de leurs activités. Deux possibilités d’interprétation peuvent être suggérées à ce propos.

Hypothèse A

Singulier azênag, pluriel Izênagen, ce mot est compose de ehen (=azn) (86) qui signifie « tente en peau » et de egen (= les rezzous) (87). La composition se réalise ainsi : ezên + egen - ezênegen- izênagen. Étant donne que l’amphatisation est une caractéristique des parlers sanhaja, on peut supposer que « z » peut être prononcé « êz ». Izênagen signifierait donc les tentes des gens qui font des razzia. Bien entendu, ce genre d’activité est très courant chez les nomades du désert (88).

Hypothèse B

Il peut s’agir aussi d’un composé de azn : « expédier, envoyer » (89) et egen : « Troupes irrégulières réunies pour une expédition guerrière ayant pour but le pillage. » (90) Le mot composé devient azneg (= aznag) au singulier, iznegen (= iznagn) au pluriel. La signification en serait donc : « ceux qui font des expéditions de razzia. »

Igzulen ou les pasteurs des régions présahariennes

Igzulen serait, à notre avis, les descendants des anciens Gétules (91) et ce malgré la réserve émise par G. Marcy (92). Car, nous l’avons déjà souligné, la transcription latine des noms nord-africains, y compris celui des Gétules, peut être défectueuse (93). Nous proposons donc l’interprétation suivante.

Étant donné que « les Gétules nomades parcouraient le désert et les steppes voisines comme les grands nomades actuels… » (94) ; que les Garamantes et les Nasamons les ont précédés dans l’occupation du grand désert (95) ; qu’ils étaient clairement signalés dans la frange présaharienne de toute l’Afrique du Nord à l’ouest de la Libye (96) ; que « Gétule n’a donc pas un sens politique, il n’a non plus aucun sens ethnique puisqu’il est employé systématiquement pour désigner des populations méridionales depuis l’océan jusqu’aux Syrtes et même au Sud de la Cyrénaïque (Strabon, 3, 19 et 23), c’est-à-dire des populations nécessairement nomades » (97) ; que les Igzulen (Jazula), tels que nous les connaissons à travers les sources musulmanes (98) ne différent pas des Gétules tant au point de vue des régions qu’ils occupaient qu’au point de vue de leur genre de vie, nous estimons que la décomposition de leur nom donne un sens qui confirme l’image que l’histoire nous en donne.

Hypothèse A

Igzulen, singulier agzul, serait à l’origine gzul, le « a » initial pouvant être un article ajouté au mot en question. (99) Le mot est compose de ks : « conduire au pâturage » (100) et de ulli : « chèvres, petit bétail en général. » (101) ks-gz par un processus de voisement généralisé à la séquence ulli-ul après chute de la voyelle finale « i » (102) et dégémination de « ll ».

ks-gz par assimilation de voisement au contact de « u ».

ulli-ul, par processus de réduction encore vivant dans les parlers de l’Anti-Atlas.

On obtient ainsi gzul qui devient igzulen après l’ajout des affixes du pluriel. Le sens serait alors : « pasteurs, éleveurs de chèvres, de petit bétail. »

Il n’est peut-être pas superflu de signaler qu’actuellement encore les Touareg désignent les gens d’après leur métier, leur caractère distinctif étant leur occupation habituelle. Ainsi disent-ils par exemple : « Kel ulli, gens de chèvre, surnom des Touareg plébéiens (…) des gens de vaches et des gens de chevaux (…), des gens de chamelles et des gens de chèvres ; kel-Tamadint, gens du fait de paître (gens qui paissent les troupeaux, pasteurs). » (103)

Hypothèse B

Une autre interprétation peut être suggérée pour élargir le champ des possibilités offertes par la langue. En effet, aguzul, pluriel Iguzulen, tel qu’on le prononce encore aujourd’hui dans le Souss, est compose de ag, « fils de… », et par extension, homme de (104) ; qui est équivalent de gu dans le Souss, et de isulal qui signifie : plaines désertes sans vallées bien marquées et loin des montagnes, parsemées de pâturages y formant comme des plaques peu étendues mais assez nombreuses. « Les isoulal sont propres, après les pluies, à y faire suivre l’herbe fraîche par les troupeaux, en les faisant aller d’une plaque de pâturage à une autre à mesure que celle où ils sont s’épuise. » (105) Le mot composé devient ag + isulal, la voyelle initiale « i » devient « u », état d’annexion oblige (106). Ce qui donne alors agusulal-aguzulal, après voisement contextuel de « s », aguzul, après chute de « al » par réduction syllabique (107).

Dans cet essai rapide, dont l’objectif est, avant tout, de susciter la curiosité scientifique des historiens et des chercheurs en général, pour rediscuter, sous un éclairage nouveau tout ce qui nous a été légué comme étant des évidences, nous avons mis l’accent sur les points suivants :

1) Étant donné que l’Afrique du Nord était depuis de longs siècles un pays de rencontre de civilisations, de cultures et d’institutions diverses, il est nécessaire de prendre en considération, dans toute étude concernant son passé et son présent, le phénomène d’acculturation, dont l’importance est ici considérable (108). Le phénomène doit être compris et interprété dans toute sa complexité, en ayant tout particulièrement présent à l’esprit le caractère d’inégalité culturelle qui a toujours régi son processus. C’est cette inégalité, peut-être, qui fut à l’origine d’une poussée assimilatrice visant à dépasser les problèmes qui entravent l’accomplissement définitif du fait inaccompli.

2) La nécessité d’entamer un processus de réconciliation entre les deux grandes périodes de notre histoire pour créer cet équilibre qui nous manque, tant que nous portons en nous, deux temps historiques qui s’annulent dans le présent. Cela est d’autant plus nécessaire que « le niveau le plus profond correspondant à la plus longue durée, est celui des cultures antérieures à l’islam dans chaque société : équilibres écologiques, systèmes de production, d’échanges, de croyances, de non croyances, de connaissances empiriques, de représentations, de conduites collectives… Tout cela est désigné par la culture officielle en Islam, comme en Occident, à l’aide d’un vocabulaire négatif : primitif, archaïque, païen, polythéiste, sauvage, populaire, superstitieux, survivant, résurgent, magique, mythologique… L’ethnographie coloniale au Maghreb et, plus généralement la raison positiviste et scientiste du XIXe siècle, ont fait un usage dogmatique de ce vocabulaire, postulant un progrès linéaire de la pensée, avec des dépassements irréversibles. En ignorant, marginalisant, voire détruisant les cultures dites populaires, la pensée arabe et islamique actuelle reprend à son compte, sans pouvoir se l’avouer, le positivisme tant dénoncé de la science coloniale. » (109)

3) La nécessité de réviser et de vérifier les bases interprétatives d’une histoire demeurée superficielle et pauvre à cause du moule généalogique limitant les perspectives de la recherche enrichissante. Et pour ce faire, les moyens sont nombreux sinon innombrables. Il faut surtout suivre de près l’influence des conditions géographiques et climatiques sur les comportements des hommes vis-à-vis de leur environnement naturel et humain. Nous estimons tout particulièrement que les genres de vie des différents ensembles habitant l’Afrique du Nord, imposés par la nature depuis des millénaires, ont largement contribué à modeler le devenir historique de ces ensembles. Par conséquent, nous croyons qu’ils constituent la trame profonde d’une histoire qui n’est, en définitive, que le résultat d’une conjugaison permanente entre deux modes de vie différents mais complémentaires.

4) La nécessité de rompre avec la conception appauvrissante consistant à refuser ou à mépriser tout document non écrit dans l’élaboration de l’histoire. Cela est d’autant plus fâcheux quand il s’agit de l’histoire des peuples sans écriture ou des peuples chez qui l’écrit ne représente rien par rapport à la grandeur, à la complexité et à la richesse de leur histoire.

L’écriture a toujours été, on le sait, un acte officiel, mais l’histoire ne se limite pas aux activités officielles. Celles-ci ne sont en réalité qu’un pâle reflet d’une grande histoire qui se déroule en dehors des champs privilégiés des historiographes. Pour reconstituer cette histoire profonde, il faut se documenter ailleurs. La langue reste l’un des meilleurs documents pouvant apporter de précieuses précisions sous des lumières nouvelles, à des problèmes irrésolus, mais qui paraissent comme étant définitivement élucidés (110).

En Afrique du Nord, pays d’acculturation par excellence, pays où coexistent encore de nos jours deux langues historiques, à savoir la tamazight et l’arabe, nous ne pouvons pas ignorer l’apport inestimable qu’apporterait l’étude de ces deux langues à la recherche historique. L’étude de la première, tout particulièrement, nous serait d’un grand secours, car elle nous permettrait de lire et d’interpréter correctement l’immense corpus tatoué à jamais sur toute l’étendue de la terre nord-africaine (111).

Bibliographie

(1) Magali Morsy, « Réflexion sur le système politique marocain dans la longue durée historique », in L’Espace de l’État, Réflexions sur l’État au Maroc et dans le Tiers-Monde (collectif), Rabat, 1985, p. 106.

(2) Sur les raisons de la rapidité avec laquelle l’islam s’est répandu en Afrique du Nord, voir l’article de Magali Morsy cité plus haut.

(3) Comme Gétules, Mazices, Libyens, par exemple. Cf. J. Desanges, Catalogue des tribus africaines de l’antiquité classique à l’ouest du Nil, Dakar, 1962, p. 10.

(4) En comparaison avec les sources musulmanes, les sources gréco-latines ne contiennent pas suffisamment de détails sur les groupes humains et leurs subdivisions en Afrique du Nord. L’abondance de la matière généalogique concernant les Imazighen dans la littérature historique de l’époque musulmane nous incite à croire que les gens s’intéressaient à leurs généalogies bien avant leur islamisation.

Sur ce sujet, voir notre article : « al-Nasab wa al-tarikh wa Ibn khaldun », dans Majallat Kulliat al-Adab wa al-Ulum al-Insaniyya (Rabat), n° 11, 1985, pp. 47-83 ; G. Camps, Berbères aux marges de l’histoire, éd. des Hespérides, Toulouse, 1980, pp. 120 sqq.

(5) Cf. par exemple Ibn Khaldun, Histoire des Berbères, trad. de Slane, (1925), t. I, pp. 167 sqq.

(6) Cf. par exemple Ibn Khaldun, op. cit., pp 167 sqq ; Anonyme, Mafakhir al-Barbar, ms. N° d 1020 B.G. de Rabat ; Ibn Abd al-Halim, kitab al-Ansab, ms. n° k 1275, B.G. de Rabat ; J. Berque, Structures sociales du Haut-Atlas, Paris 1955, p. 420 ; G.Camps, Berbères..., pp. 26 sqq ; Marcel Simon, « Le judaïsme berbère dans l’Afrique ancienne », in Revue d’histoire et de philosophie religieuse, XXVI, 1946, pp. 31, 105-145.

(7) C’est un phénomène observable en Afrique du Nord, cf. Ibn Khaldun, Histoire..., (1925) t. I, p. 251 ; R. Montagne, les Berbères et le Makhzen dans le Sud du Maroc, Paris, 1930, p. 70 ; F. de la Chapelle, « Les tribus de haute montagne de l’Atlas occidental », in Revue des études islamiques, 1928, cahier III, p. 350-351 ; J. Desanges, Catalogue…, p. 10.

(8) Cf. Magali Morsy, l’Espace de l’État…, p. 107.

(9) Cf. Histoire du Maroc, (collectif) Paris 1967, pp. 199 sqq ; Mohamed Kably, « Musahama fi târikh al-Tamhîd li Zuhûr dawlat al-Saadiyyin », dans Majallat Kulliyat al-Adab wa l ulûm al-insaniyya, n° s 3-4, Rabat 1978, pp. 33 sqq., 44.

(10) Ce fait est attesté bien avant l’époque musulmane, cf. Magali Morsy, L’espace..., pp. 94 sqq ; Ibn Khaldûn, Histoire..., trad. (1927), t. II, pp. 160 sqq. et passim.

(11) En ce qui concerne les Imsmudn (Masmuden), cf. par ex. Ibn Abd al-Halim, op. cit., pp. 25 sqq ; Ibn khaldun, Histoire..., (1925) t. I, pp. 167 sqq ; G. Camps, Berbères..., pp. 26 sqq, 120 sqq ; F. Decret et M. Fantar, L’Afrique du Nord dans l’antiquité des origines au Ve siècle, Paris, 1981, p. 33 sqq.

(12) Cf. par exemple, G. Camps, Berbères..., p. 21 ; R. Montagne, Les Berbères..., p. 36 ; J. Berque, Structures..., p. 420 ; Ch.-A. Julien, Histoire de l’Afrique du Nord, Paris, 1975, t. II, p. 24.

(13) Nous ne contestons pas le rôle de la parenté comme élément constitutif de la cohésion sociale chez les peuples anciens. Mais nous estimons que chez les Imsmuden, à tout le moins, l’apparition des formations larges, en l’occurrence, les confédérations et les leff-s, prouve que la consanguinité ne joue plus efficacement qu’au niveau des petites formations sociales.

R. Montagne, les Berbères..., pp. 164 sqq., 182 sqq. ; M. Morsy, L’espace..., p. 96 ; cf. notre article : « Sur la théorie de la segmentarité appliquée au Maroc » in Hesperis-Tamuda, vol. XXIII, fasc. unique, Rabat, 1985, pp. 105-128 ; Ibn Khaldûn, Histoire..., trad. (1925), t. I, p. 179 ; où il reproduit un poème très significatif, J. Berque, Structures…, p. 420 ; Ch.-A. Julien, Histoire..., t. II, p. 22 ; Marcel Simon, op. cit., pp. 8 sqq.

(14) Cf. M. Morsy, L’Espace..., pp. 107. sqq. ; presque toutes les sources musulmanes font écho à ces controverses, cf. François Decret et M. Fantar, op. cit., pp. 33 sqq. Ibn Khaldûn, Histoire..., trad. (1925), t. I, p. 167 sqq ; Anonyme, Matakhir al-Barbar, ms. B.G. Rabat n° D1020 p. 58 ; J. Berque, Structures..., p. 420 ; Marcel Simon, op. cit., pp. 8 sqq.

(15) J. Desanges, Catalogue..., p. 10 ; cf. aussi F. Decret et M. Fantar, op. cit., pp. 33 sqq. ; G. Camps, Berbères..., pp. 120 sqq.

(16) Nous estimons que c’était le cas chez les cultivateurs de toutes les montagnes de l’Afrique du Nord. Cf. R. Montagne, Les Berbères..., pp. 26 sqq., 36 ; J. Berque, Structures..., pp. 63 sqq., 420 sqq. ; Sidki Ali, Sur la théorie de la segmentarité appliquée au Maroc, op. cit., pp. 12 sqq.

(17) Cf. notre article : « al-Nasab… », pp. 67 sqq.

(18) Ibid, pp. 67 sqq.

(19) Histoire..., trad. (1925). t. I, pp. 170, 172, 226, 228, 232.

(20) Cf. Ch.-A. Julien, Histoire..., t. II, p. 23. Sur les Louata, frères des Iznaten, cf. G. Camps, Berbères…, pp. 124 sqq.

(21) Ch.-A. Julien., Histoire…, t. II, p. 164.

(22) Ibid, p. 22.

(23) Cf. notre article, « Al-Nasab… », pp. 74 sqq. ; G. Tillion, Le harem et les Cousins, Paris, 1966, pp. 135 sqq., 147 sqq. ; J. Berque, « Qu’est-ce qu’une ‘tribu’ nord-africaine ? » in Maghreb, histoire et société, S.N.E.D. et Duclot, 1974, pp. 23 sqq ; J. Berque, Structures..., p. 420.

(24) J. Berque, Structures..., p. 420 ; cf. aussi G. Camps, Berbères..., p. 121.

(25) Cf. Ch.-A. Julien, op. cit., t. I, pp. 66 sqq., 138, 160, 198 et passim; G. Camps, Berbères..., pp. 122 sqq. ; A. Laroui, L’histoire du Maghreb, Paris 1970, p. 44 et passim ; Encyclopédie berbère I, Edisud 1984, pp. 22 sqq.

(26) « Elles consistent dans les migrations, les épidémies, les révolutions et les guerres et se font sentir par intermittence, sous forme de secousses profondes dont les effets sont amples et durables. », Le temps du mythe, in Annales E.S.C., 26e année, n°s 3 et 4, mai-août 1971, p. 539.

(27) Cf. A. Laroui, L’histoire du Maghreb, Paris, 1970, pp. 44 sqq. ; G. Camps, Berbères..., pp. 122 sqq., 169 sqq.

(28) Cf. Encyclopédie berbère, t. I, Édisud, 1984, p. 22.

(29) Cf. G. Camps, Berbères..., p. 122.

(30) Ibid., p. 121 ; cf. aussi, Marcel Simon, op. cit., pp. 10 sqq.

(31) « al-Nasab… » op. cit., pp. 59 sq

(32) Ibid., p. 59

(33) ms. de la Bibliothèque générale de Rabat n° 1275 k p. 20, cf. al manuni al-Masâdir al-Arabia li-Tarikh al Maghrib, t. I, Casablanca, 1983, p. 18.

(34) Ulama aI-Tabiain, Ibid, p. 20.

(35) Ibid., p. 20 ; nous n’avons pas fait cette constatation dans notre article sur al-Nasab, car nous avons cru, à tort d’ailleurs, que le mot Ifrikiya signifierait, chez l’auteur de Kitab al-Ansab, l’ensemble de l’Afrique du Nord, or, nous savons qu’à l’époque en question, l’Ifrikiya désignait la Tunisie actuelle. Le problème des origines orientales des Imazighen était posé, pour des raisons religieuses, bien avant l’arrivée de l’Islam. La propagande juive et chrétienne l’a toujours exploité pour obtenir l’adhésion des Imazighen à ces deux religions respectives. Sur ce sujet, cf. Marcel Simon, op. cit., pp. 16 sqq.

(36) Cf. Ibn Khaldun, Histoire..., trad. (1925), t. I, pp. 198, 210, 212, 216, 237, 259 et passim ; Sidki Ali, « al-Nasab… » p. 70. Dans ce cas, les Marocains n’étaient pas, comme l’a suggéré M. Manuni (al-masadir...p. 18) les premiers Nord-Africains à écrire en matière de généalogie. Si nous avons admis la suggestion de M. Manuni (al-Nasab..., 59), nous avons, en même temps, souligné le caractère mystérieux des raisons qui les ont poussés à le faire.

(37) Cf. Sidki Ali, « al-Nasab… », pp. 75 sqq. ; Ibn Khaldun, al-Mukaddima (en arabe), 4e éd., Beyrouth, 1978, pp 129, 130.

(38) Cf. G. Camps, Berbères..., pp. 112 sqq., 122 sqq. ; Ch.-A. Julien, Histoire..., t. I, pp. 53-54, t. II, p. 22.

(39) Cf. Sidki Ali, « al-Nasab… », pp. 50 sqq.

(40) Ce point de vue nous paraît d’autant plus vraisemblable du fait même qu’on trouve dans les mêmes ensembles des groupes qui prétendent avoir des origines différentes (amazigh ou arabe). Trois grands généalogistes célèbres appartenant à la branche dite Al-Botr, prétendent que celle-ci avait comme aïeul Barr Ibn Kaîs (cf. Ibn Khaldun, Histoire..., trad. (1925), t. I, pp. 169, 178) Cela veut dire tout simplement qu’ils avaient opté pour une origine les rapprochant des Arabes vainqueurs, Sidki Ali, « al-Nasab… », pp. 70-71 n° 99 ; Marcel Simon, op. cit., pp. 18 sqq.

(41) Sur les Miknasa, par exemple, qui se sont réfugiés au Maroc « pour échapper à la vengeance d’Ocba Ibn Nafê », voir Ibn Khaldun, Histoire..., trad. (1925), t. I, p. 198.

(42) Le fait même d’être les premiers à affronter les armées arabes, à leur résister pendant longtemps, à adopter la religion musulmane et à devenir ensuite les soldats de la foi en Afrique du Nord et en Espagne… leur avait permis d’acquérir cette prise de conscience et cette politisation, cf. Sidki Ali, « al-Nasab… », pp. 71 sq.

(43) Cf. Sidki Ali, « al-Nasab… », pp. 47 sqq., 78 sqq.

(44) Cet impact et cette influence sont ici particulièrement importants et décisifs à cause de l’existence d’une zone désertique au sud et d’une autre fertile au Nord. La première est parcourue par des nomades tandis que la seconde se trouve occupée par des paysans sédentaires. Cf. G. Camps, Berbères..., p. 20 ; Ch.-A. Julien, Histoire..., t. II, p. 24.

(45) al-Bakrî, Description de l’Afrique septentrionale, trad. de Slane, Paris (1925) pp. 117, 129, 205, 207, 209, 212-213, 215-216, 217-218, 224, 227, 265, 270, 303 ; al-Idrisi, Description de l’Afrique septentrionale et saharienne, pub. par H. Peres, Alger, (1957) pp. 35, 39, 41, 43, 45, 54, 55, 106, Ibn Khaldun, Histoire..., (1927) t. II pp. 124 sqq, t. I, (1925), p. 194.

(46) Cf. Ibn Khaldun, Histoire..., trad. (1927) t. II, pp. 124 sqq, 158 ; G. Camps, Berbères..., p. 25 ; Ubaîd al-Lah ben Salih ben Abd al-Halîm, kitab al-Ansab, ms. B.G. de Rabat n° 1275k, p. 28.

(47) Cité par G. Camps, Berbères..., p. 21.

(48) Cf. J. Desanges, Catalogue..., pp. 33 sqq. ; R. Roger, le Maroc chez les auteurs anciens, Paris, 1924, pp. 37-41.

(49) Cf. F. Decret et M. Fantar, op. cit., p. 183.

(50) R. Roger, op. cit., p. 41 ; « vers l’ouest non loin de l’océan », d’après J. Desanges, Catalogue..., p. 33.

(51) Cf. F. Decret & M. Fantar, op. cit., p. 183.

(52) Op. cit., p. 48. Cf. aussi J. Desanges, Catalogue..., p. 30. Étant donné que les Miknasa font partie des Iznaten (Zenata) qui occupaient surtout les régions orientales du Maroc, nous estimons que leur arrivée au Maroc occidental est postérieure au IIe siècle après J.-C. ; cf. Ibn Khaldun, Histoire..., trad. (1925) t.I, pp. 172, 198, 258 sqq., E.I. (1975), t. I, p. 1209 (b) sqq. ; R. Montagne, Les Berbères..., p. 28.

(53) Nous savons que les auteurs anciens avaient beaucoup de difficultés à prononcer et à transcrire les noms d’origine nord-africaine : « Les noms de ses peuples (de l’Afrique) et de ses villes sont extrêmement difficiles à prononcer, sauf dans leur langue, … » (Pline l’Ancien, in R. Roger, op. cit., p. 29). Cf. aussi G. Camps, Berbères..., p. 124. Néanmoins, nous estimons que celui des Macénites est parmi ceux qui sont très proches de la prononciation locale. En effet, les lettres m et d peuvent respectivement devenir n et t, non seulement chez les étrangers mais aussi chez les Imazighen, leur assimilation étant très courante (cf. G. Marcy, « Essai d’une théorie générale de la morphologie berbère », in Hesperis, 1931, t. XII, Fasc. I, pp. 50-90, Fasc. II, pp. 177-203)

(54) Cf. supra, n°45

(55) Cf. R. Roger, op. cit., p. 37 ; J. Desanges, Catalogue..., pp. 28-29, 33-34.

(56) Malgré les divergences des points de vue des chercheurs sur ce sujet, l’hypothèse de J. Carcopino qui considère les Baquates et les Barghwata comme désignant la même chose, nous paraît plus vraisemblable. (cf. Desanges, Catalogue..., pp. 28 sqq).

(57) Cf. J. Desanges, Catalogue..., pp. 29-30, 33 ; Ibn Khaldun considère les Barghwata comme étant « la plus ancienne nation de la race masmoudienne », Histoire..., trad. (1927) t. II, p. 125.

(58) Catalogue…, p. 30

(59) Cf. M. Talbi, « Hérésie, acculturation et nationalisme des Berbères Bargwata », in Actes du premier congrès d’études des cultures méditerranéennes d’influence arabo-berbère, S.N.E.D, Alger 1973, pp. 217-233. L’expansion supposée des Baquates peut être, à tout le moins, favorisée par le biais des alliances avec leurs voisins du Sud-ouest.

(60) Le cas des Almoravides et des Mérinides est, à ce propos, très significatif.

(61) « L’étude du langage, son inventaire, en le considérant comme le dépôt (ou si l’on veut employer un terme plus noble, le trésor) des connaissances que les hommes possèdent, serait le point de départ des sciences de la réalité humaine », Henri Lefebvre, le langage et la société, coll. Idées (99), Ed. Gallimard 1966 (1970), p. 15 ; cf. aussi Lucien Febvre, « Histoire et dialectologie », in Revue de synthèse historique, juin 1906, t. XII-3 (n°3) ; Encyclopédie berbère, I, pp. 7 sqq. ; J. Berque, Cent vingt-cinq ans de sociologie maghrébine, dans Annales E.S.C., juillet-septembre 1956, p. 301.

(62) Henri-Irénée Marrou, De la connaissance historique, coll. Points, Paris 1975, p. 76 ; v. aussi J. Berque, Structures..., pp. 417 sqq.

(63) J. Berque, Cent vingt-cinq…, p. 301. Sur l’importance de l’ethnologie pour la recherche historique, voir par exemple : « Du bon usage de l’ethnologie, entretien avec Pierre Bourdieu », in Awal, Cahiers d’études berbères, 1985, n°1, Maison des sciences de l’homme, Paris, pp. 7-29.

(64) Cf. notre introduction à la Rihla de Tasaft.

(65) Cf. par exemple, Lucien Febvre, Histoire et dialectologie, pp. 249-261 ; A. Renisio, Étude sur les dialectes Berbères des Beni Iznassen, du Rif et des Senhaja de Sraïr, Paris 1932, préface, pp. IX-XII.

(66) Cf. G. Marcy, « Essai d’une théorie générale de la morphologie berbère », in Hespéris 1931, t. XII, fasc. II, pp. 177 sqq.; L. Febvre, Histoire et dialectologie, pp. 258 sqq ; Cf. Marcel Locquin, « Le fond commun des langages et des écritures », in Sciences et vie, juin 1980, pp. 50-63.

(67) Nous n’avons pas la prétention d’insinuer que nous sommes les premiers à nous engager dans cette voie. (cf. par exemple, G. Marcy, op. cit., pp. 192 sqq)

(68) Cf. E. Laoust, Mots et choses berbères, Société marocaine d’édition, Rabat, (1983), pp. 109, 112, 184, 185, 187, 190, 218, 272, 356, 492 sqq. E. Laoust, Étude sur le dialecte berbère des Ntifa, Paris, 1918, pp. 95 sqq. ; A. Renisio, op. cit., pp. 46 sqq. ; G. Marcy, op. cit., pp. 69 n° 2, 70, 89, 193 ; Salem Chaker, un parler Berbère d’Algérie (Kabylie), Syntaxe, Aix-en-Provence, 1983, pp. 484 sqq ; Salem Chaker, « Synthématique Berbère, composition et dérivation en kabyle », extrait des tomes XXIV-XXVIII années 1979-1984 des Comptes rendus du G.L.E.C.S., Librairie orientaliste Paul Geuthner, Paris, pp. 91 sqq., 124 sqq.

(69) Cf. Salem Chaker, « Synthématique… », pp. 94 sqq.

(70) ibid., p. 96.

(71) ibid., p. 94 sqq.

(72) Cf. Femand Bentolila, Grammaire fonctionnelle d’un parler berbère, Paris 1981, p. 406.

(73) Nous donnerons des précisions nécessaires sur ces termes au fur et à mesure qu’ils seront cités.

(74) Supra n° 45 et n° 46

(75) D’après Charles de Foucauld, Dictionnaire touareg-français, Imprimerie nationale de France, 1951, t. II, p. 1245.

(76) Cf. E. Destaing, vocabulaire français-berbère, Paris, 1920, p. 258 ; cf. Ch. de Foucauld, op. cit., t. III, p. 1153 ; E. Laoust, Mots…, p. 472.

(77) Cf. Ch. de Foucauld, Dictionnaire…, t. lV, p. 1926 ; E. Destaing, op. cit., p 22.

(78) E. Destaing, op. cit., p. 230.

(79) À ce propos, nous signalons que le « préfixe complexe déverbatif » ams... que l’on trouve dans des termes comme amsbrid (voyageur) et amsdrar (montagnard) que Salem Chaker considère comme probablement très ancien, n’est peut-être qu’une variante du mot amz dont nous avons parlé. Cela est d’autant plus vraisemblable que « cette formation ‘ams + Nom’ a la valeur générale de ‘Celui/ce qui est lié / en rapport à X ». Pour mieux préciser cette constatation, nous ajoutons que les termes amz-abrid (= prendre la route, marcher) et ams-adrar (= habiter dans la montagne) sont encore très fréquents. (Cf. S. Chaker, synthématique…, p. 124)

(80) Supra, n° 19, 20, 21.

(81) E. Destaing, op. cit., pp. 113-114-120

(82) E. Destaing, op. cit., p. 45.

(83) Cf. Ch. de Foucauld, op. cit., t. II, p. 609, le pluriel de ehen (h=z) est ihanan = campements ou groupe de tentes (ibid, p. 610).

(84) Cf. Ch. de Foucauld, op. cit., t. IV, p. 1876-77.

(85) Nous savons que les Iznagen ne sont pas tous des nomades, cependant, le nomadisme serait, à l’origine du moins, le mode de vie prédominant chez eux. (Cf. Ibn Khaldun, Histoire..., (1927), t. II, p. 3, 67 sqq)

(86) Cf. Ch de Foucauld, op. cit., t. I, p. 5

(87) ibid., t. I, p. 456-457, t. II, p. 647. Le g° et le g s’assimilent souvent

(88) Cf., par exemple, Ch. de Foucauld, op. cit., t. II, p. 647.

(89) supra, n° 81.

(90) Ch. de Foucauld, op. cit., t. I, p. 456.

(91) Cf. G. Camps, Berbères..., 112, sqq.

(92) Op. cit., Fsc.II, p. 193.

(93) Supra n° 53. L’hésitation de G. Marcy est, en effet, dictée par le fait qu’il n’a pas supposé une déformation possible dans la transcription du terme « Gétule », qui pourrait bien être Getsule puis Gesule ou Guzule.

(94) G. Camps, Berbères..., p. l 12.

(95) ibd, p. 112-113.

(96) ibid, p. 113 sqq., l15. Tahert se trouve au pied d’une montagne connue sous le nom Gazul, Ibn idhari, al-Bayan, 3e éd., 1983, t. I, p. 25.

(97) ibid, p. l15.

(98) Cf. ibn Khaldun, Histoire..., (1927), t. II, pp. 116-117.

(99) Cet « a » peut disparaître exceptionnellement, cf. E. Laoust, Mots..., p. 482-483 ; A. Renisio, op. cit., p. 15.

(100) E. Destaing, op. cit., p. 208-209 ; Ch. de Foucauld, op. cit., t. II, p. 908-909 ; E. Laoust, Mots..., pp. 474 sqq. Pour l’assimilation de g>k, s>z. cf. A. Renisio, op. cit., pp. 33-46.

(101) E. Destaing, op. cit., p. 62-63 ; Ch. de Foucauld, op. cit., t. II, pp. 534, 787.

(102) A. Renisio, op. cit., p. 31, on dit par exemple « u ma iss » à la place de « u maïn ssnagh ».

(103) voir Ch. de Foucauld, op. cit., t. II, p. 787.

(104) ibid., p. 787.

(105) ibid. t. III, p. 1065.

(106) La voyelle initiale « i » se transforme dans certains cas en « u ». Il y a aussi des cas où il disparaît. Les Touareg disent par exemple : « Dar-Soulal ». Voir Ch. de Foucauld, ibid, t. III, p. 1065.

(107) Il faut signaler que les noms en question nous sont transmis par la tradition écrite en arabe, ils auraient, par conséquent, subi quelques déformations autres que celles déjà connues.

(108) À ce propos, voir Sabatino Moscati, « Cultural Interaction in Ancient Mediterranean History », dans A.P.C.E.M.I.A.B. (Malta, 1972), S.N.E.D., Alger 1973, pp. 7-19 ; Maxime Rodinson, « Dynamique de l’évolution interne et des influences externes dans l’histoire culturelle de la Méditerranée », dans A.P.C.E.C.M.I.A.B (Malta, 1972), Alger 1973, pp. 21-30.

Dans le même volume il y a d’autres articles qui méritent d’être lus, je pense tout particulièrement à l’article de M. Jean-Paul Charnay, celui de M. Hady Roger Idris et celui de M. André Adam.

L’article du Professeur M. Arkoun : « Les fondements arabo-islamiques de la culture maghrébine », in Französisch heute, juin 1984, pp. 173-183, est particulièrement édifiant.

(109) M. Arkoun, op. cit., p. 178.

(110) Cf. Lucien Febvre, Histoire et dialectologie, pp. 249-261.

(111) Je fais allusion ici à la toponymie et à l’onomastique