Le verbe
Amazigh est mon verbe,
Nul ne le comprend.
Porteur de tant de sens,
Qui pourrait danser dessus ?
Seul, sans cesse je m’y accroche.
Mon verbe porte
Des cordes au cou,
Et ma langue encore vive,
Parle encore
Sans fatigue, parmi les sourds.
Le mot assoiffé doit
Tuer la soif
Amazigh est mon verbe.
Nul n’en veut.
D’aucuns disent que ce n’est qu’un rêve,
et m’abandonnent
en ajoutant :
« Jamais il ne se réalisera »
D’autres disent :
« Ton verbe porte un passé douloureux
Et les gens refusent
De partager ta souffrance »
Amazigh est mon verbe.
Il veut briser
Le temps du silence,
Embraser les cœurs
Semblables aux astres,
Unis
Dans nos cieux.
Rabat, avril 1978
Traduction de Fatiha Lasri
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Avant-Dire
Berbère est le verbe en moi
Mais nul ne le reçoit.
Ces vers emplis de sens, qui, dessus, qui voudrait danser?
Et mot, suffocant d'anxiété, contraignant la syllabe,
Comme pendu par le cou mais la langue encore vive,
Je persiste à chanter pour des tympans bouchés.
Un poète assoiffé, c'est à lui d'engloutir la soif!
Berbère est l'idiome chez moi
Hélas bien peu lui font foi.
L'un dit: "Rêverie que tout cela", et sur ce m'abandonne
Non sans prophétiser: "Jamais ça ne percera".
L'autre s'écrie: "Âpre passé, dangereuse relance,
Les gens refusent de partager ton mal ".
Berbère pourtant, berbère mon parler franc.
À peine aura-t-il brisé entre nous la coquille, que vos coeurs flamberont
Comme autant d'astres unis dans notre part des cieux.
Rabat, avril 1978
Traduction de Claude Lefébure
Méditerranéennes n°11, hiver 1999/2000 |
Mes chants
Mes chants sont ceux des Hommes Libres
Nul ne les reconnaît pourtant
Ils sont lourds de sens
Qui peut les chanter ?
Solitaire, je suis entravé
Notre chant l'est aussi
La corde au cou
Ma langue est pourtant vive
Elle bruisse encore
Au milieu des sourds ; nulle fatigue
Le verre plein se doit
D'étancher toute soif
Mes chants sont ceux des Hommes Libres
Personne n'en veut
Chimères ! dit-on ;
On passe et nous abandonne
On nous tend piège sur piège et on nous dit ;
Plus jamais nul ne t'écoutera
Quoique tu dises
On oubliera à jamais tes chants
Nous sommes désormais ailleurs
Tes chants disparaîtront comme tu disparaîtras
Mes chants sont ceux des Hommes Libres
Ils veulent encore féconder
Le temps et réclore
Rallumer le feu des jours
Se métamorphoser en étoiles
Scintiller dans nos cieux
Rabat, avril 1978
in Suites marocaines - la jeune création au Maroc,
Revue noire, Paris, 2002.
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