« La langue en tant qu'outil, en dehors de tout jugement, reste ce que la communauté décide d'en faire ». Aujourd'hui la communauté Amazigh doit décider. Mais cette communauté, malheureusement, est loin d'être consciente du danger que court son existence même. Un Amazigh qui répète, conscient (!?) à son frère Amazigh : Nkni Aarabn ! (Nous les Arabes, en berbère) qu'attendre de ces gens qui ne savent même pas qu'ils existent ? Comment ne pas nier « les Berbères qui auront pour du fric ou des espoirs inutiles trahi la fonction de ce monde » ? Comment ne pas « ...faire le procès de mon propre sang car il n'arrive pas à se dépêtrer de lui-même et à se transformer » ? Mais, surtout, comment expliquer une telle auto-négation ? Quel a été ce processus machiavélique qui a fait de nous ce que nous ne sommes pas, ce que nous n'avons jamais été ? Les pouvoirs politiques, l'idéologie panarabiste, les médias, la naïveté, la religion... ? La religion, est-elle vraiment ce qui a fait de nous des Arabes ? Être musulman, est-il synonyme d'être arabe ? NON. Prenant l'exemple des Perses, ces exportateurs de la « révolution islamique », les Perses ne peuvent entendre le mot arabe sans que la rage les envahisse. Pour eux, le Golf est perse et non pas arabe. Les Turques, les Pakistanais, les Kurdes, les Talibans, les Tchétchènes...sont tous des musulmans ils ne sont pas arabes. Pour ces peuples, il leur paraît fondamental pour le maintien de leur identité culturelle qu'ils puissent, en toute liberté, développer leurs modes d'expression sans subir d'entraves. Pour imazighen, ils ne seront eux-mêmes que lorsqu'ils disposeront des moyens d'exprimer totalement et sans contrainte leur identité culturelle et assurer la maîtrise de la diffusion de cette culture. Pourquoi devrons-nous défendre l'usage de Tamazight ? La raison est simple : Parce que « les mots sont aussi des idées » (J. Polhan) et parce que toute langue est à la fois moyen de communication et symbole d'identité. Pour Jacques Berque, la langue ne sert pas à communiquer mais à être. Être amazigh, c'est écrire et parler tamazight. C'est aussi et à la fois préserver et enrichir la culture nord-africaine. Tamazight est le pivot de cette identité culturelle, et en tant que telle, elle doit bénéficier des aides des états concernés, des gouvernements et des institutions. Imazighen, on ne le répétera jamais assez, payent des impôts. L'argent de ces contribuables, Tamazight en a tellement besoin. Comment montrer à ces pouvoirs politiques que nous adorons notre langue, notre identité, que nous ne sommes pas prêts à laisser tomber une partie de nous ? Comment attirer l'attention du voleur et du volé, du crocodile et de la victime, des nouveaux sorciers de l'Afrique et des hypnotisés ? Ce Berbère hypnotisé, volé, trahi, comment le faire bouger ? Comment casser ce complexe d'infériorité ? Comment faire de ce Berbère un Amazigh ? Il nous semble cependant qu'il n'y a pas lieu de se désespérer. Les conditions favorables pour le développement de Tamazight sont entre nos mains. Il n'est pas question de les lâcher. C'est donc en tant qu'Imazighen que nous devons agir et réagir : créer des associations, publier des revues, organiser des conférences, crier notre existence... pour le bien-être de Tamazgha. Le chemin est long, mais comme disait H. Id Belkacem : Imazighen avancent tandis que les autres reculent. On avance, c'est évident. La preuve : la question tamazight n'a pratiquement jamais été posée d'une telle façon, aussi forte et aussi revendicative. À nous de continuer dans ce chemin, fiers, égoïstes et acharnés. Le jour viendra sûrement où Tamazight regagnera la place qui est la sienne, tant qu'il y aura des AMAZIGHS !